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L’exercice de l’Etat - la critique

L’ivresse du pouvoir

Note moyenne des internautes :

Passionnante réflexion sur les coulisses de la vie politique, L’Exercice séduit par sa grande profondeur et son exigence formelle. Un film précieux dans notre contexte électoral

L’argument : Le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean est réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet. Un car a basculé dans un ravin. Il y va, il n’a pas le choix.
Ainsi commence l’odyssée d’un homme d’Etat dans un monde toujours plus complexe et hostile. Vitesse, lutte de pouvoirs, chaos, crise économique... Tout s’enchaîne et se percute. Une urgence chasse l’autre.
A quels sacrifices les hommes sont-ils prêts ? Jusqu’où tiendront-ils ? L’Etat dévore ceux qui le servent.

Notre avis : Dans un contexte où la crise économique entame la confiance accordée par les électeurs aux dirigeants et aux institutions, L’Exercice de l’Etat prend le parti de montrer une équipe ministérielle dans son travail quotidien et sous un jour plutôt familier, prenant ainsi à revers les sentiers balisés de la satire et les discours improductifs sur la "perversion" du pouvoir. On pourrait se méfier d’une telle démarche, qui risque toujours de sombrer dans la complaisance en prétendant dévoiler le visage "humain" des dirigeants pour mieux justifier leurs faiblesses. Mais le film nous épargne d’un bout à l’autre un tel discours. D’abord, parce qu’il ne dresse aucun éloge de la classe politique : on la voit s’agiter, courir et discourir en vain de cabinets ministériels en plateaux télé, consulter nerveusement ses messages téléphoniques en affichant tant bien que mal un self control embarrassé. Ensuite parce qu’en dépit de son approche documentaire, L’Exercice demeure avant tout une fiction : et c’est même une fiction à double titre puisqu’elle interroge la part de chimères inhérente à l’art de gouverner.
Car il s’agit bien ici d’exercice de l’Etat et non du pouvoir : la différence est de taille et l’intérêt du film est moins de dénoncer les petites ambitions personnelles que de dresser le constat d’un climat d’urgence généralisée et d’incompréhension mutuelle dans lequel la crise a plongé la France. L’urgence est partout, dès les premières séquences : accident de car, enfants morts, visions horrifiées de cadavres et de mères hurlant au désespoir. D’un cauchemar fantasmé - délicieuse séquence inaugurale - le ministre Bertrand Saint-Jean plonge dans le cauchemar réel vécu quotidiennement par des millions de Français qui souffrent du chômage et d’un sentiment de haine vis-à-vis de leurs élites. On notera que le choix du patronyme n’est pas anodin : en prenant la pleine mesure de ses responsabilités et en sacrifiant à la cohérence gouvernementale une part de ses idéaux personnels, le personnage devient peu à peu martyre du pouvoir. A partir de l’accident initial se greffe un ensemble d’interrogations très actuelles sur la privatisation des transports - qu’il refuse mais que souhaite la majorité - la perte d’influence de l’Etat, le triomphe des pôles de gouvernance privés..., interrogations qui font se côtoyer les drames collectifs et les problèmes personnels du ministre. La cadence, la structure du film sont telles que celui-ci se retrouve piégé par ses propres fonctions, maintenu dans les limites d’un dispositif étroit, inquiétant et porteur d’une menace que Schoeller suggère par quelques moments de tension particulièrement adroits (séquence inaugurale, dîner chez Kuypers avec Josépha, etc.)
Pour Saint-Jean, servir l’Etat, c’est renvoyer une image où tout le monde puisse se reconnaître : le peuple, la majorité, ses modèles, peut-être même sa femme. Tout le monde, sauf lui. La grande force du film est alors de montrer, avec une précision documentaire saisissante, combien l’Etat "dévore" littéralement ceux qui le servent. En perte d’influence constante face aux groupes financiers, décrédibilisé auprès d’une bonne partie de l’opinion, il est réduit à une image, à une "fonction" indéfinissable, à un exercice de communication permanente - belle performance de Zabou Breitman. Accrochés à un idéal du pouvoir (le personnage de Gilles, qui écoute en boucle l’oraison funèbre de Jean Moulin par Malraux), les personnages doivent se résoudre à accepter cette évidence : la politique est devenue un jeu qu’il faut jouer malgré tout. Une fiction nécessaire. Nos engagements personnels de spectateurs ressortent grandis par l’expérience de ce film adroit, intense et intelligent. Une oeuvre précieuse à l’approche des présidentielles. Mais aussi, un grand film politique.

Jean-Patrick Géraud

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Les avis des internautes

 

L’exercice de l’Etat - la critique

Par roger w

Cette plongée dans les arcanes du pouvoir bénéficie d’un scénario plutôt correct qui nous invite à suivre une partie de la carrière d’un ministre en exercice. Si la description de la profession est particulièrement convaincante, on est davantage réservé sur la partie qui se voudrait plus incisive. Effectivement, au lieu d’évoquer de manière frontale le jeu des compromissions, le réalisateur louvoie et préfère s’attacher à un destin personnel plutôt qu’à une critique du système. Bien joué, tourné avec un certain talent, le film manque juste de mordant pour (...)

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