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Tous au Larzac - la critique

Faites labour, pas la guerre !

Retour sur les terres de la lutte sociale avec ce très joli documentaire de Christian Rouaud, superbe témoignage d’une époque où le mot solidarité avait encore un sens.

L’argument : Marizette, Christiane, Pierre, Léon, José… sont quelques uns des acteurs, drôles et émouvants, d’une incroyable lutte, celle des paysans du Larzac contre l’Etat, affrontement du faible contre le fort, qui les a unis dans un combat sans merci pour sauver leurs terres. Un combat déterminé et joyeux, mais parfois aussi éprouvant et périlleux. Tout commence en 1971, lorsque le gouvernement, par la voix de son ministre de la Défense Michel Debré, déclare que le camp militaire du Larzac doit s’étendre. Radicale, la colère se répand comme une trainée de poudre, les paysans se mobilisent et signent un serment : jamais ils ne cèderont leurs terres. Dans le face à face quotidien avec l’armée et les forces de l’ordre, ils déploieront des trésors d’imagination pour faire entendre leur voix. Bientôt des centaines de comités Larzac naitront dans toute la France... Dix ans de résistance, d’intelligence collective et de solidarité, qui les porteront vers la victoire.


Notre avis : Après s’être intéressé aux luttes ouvrières des années 70 à travers son excellent documentaire Les Lips, l’imagination au pouvoir (2007), Christian Rouaud se penche cette fois-ci sur le monde paysan et particulièrement le petit microcosme du plateau du Larzac, devenu malgré lui le symbole de la lutte fraternelle et solidaire contre un pouvoir autoritaire. Documents d’époque à l’appui, le cinéaste décrit par le menu la lutte menée par les paysans pour conserver leurs terres entre 1971 et 1981. Alors que la France sort tout juste de mai 68, l’armée décide d’étendre son camp d’entraînement du Larzac et par là même d’exproprier une centaine d’agriculteurs qui n’avaient rien de révolutionnaires. Comme ils le disent eux-mêmes dans la série d’entretiens passionnants menés par le réalisateur, ces paysans votaient jusqu’alors à droite, se définissaient comme bons catholiques et voyaient même d’un mauvais œil les étudiants qui se battaient sur les barricades parisiennes. Toutefois, lorsqu’ils ont décidé de mener une action pour défendre leurs terres, ils ont suscité dans toute la France une vague de soutien qui les a d’abord dépassés avant de les combler. Rejoins par des militants d’extrême-gauche, des hippies, des écologistes et des objecteurs de conscience, le mouvement s’est étendu de manière inattendue et le Larzac est entré dans l’histoire comme le symbole de la résistance d’un petit groupe d’individus solidaires contre l’autorité.

Avec humour parfois, nostalgie toujours, le cinéaste évoque ces grandes heures de l’action sociale en cherchant à traquer la vérité partout où elle peut se nicher. Il n’évite pas la question des tensions qui ont pu exister au sein du groupe, notamment entre des factions plus extrêmes qui voulaient radicaliser le mouvement et les apôtres d’une résistance pacifique. Si le cinéaste n’interroge jamais les autorités et concentre donc son récit sur le vécu des militants, il ne masque pas les défauts du système collectif (impossibilité de prendre des décisions tranchées, par exemple). Il n’en demeure pas moins admiratif de la ténacité de ce groupe de paysans qui, en s’ouvrant au monde, a pris conscience des enjeux qui se jouent à l’échelle nationale, puis mondiale. Toujours à la pointe de la lutte, le Larzac est aujourd’hui encore un symbole de l’alter-mondialisme et de la résistance aux puissances de l’argent. En plongeant dans ces années 70 fondatrices, Christian Rouaud donne également une belle leçon à tous ceux qui pensent aujourd’hui que la lutte collective ne peut mener qu’à l’échec. Son film fait donc l’effet d’un bain de jouvence que beaucoup de salariés devraient méditer.

Virgile Dumez

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