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12 - La critique

L’ombre d’un doute

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- Durée : 2h33min

A la suite de Lumet, le très narcissique Nikita Mikhalkov suspend le destin d’un homme au jugement de douze hommes, dans une transposition à la fois classique et surprenante, au goût amer de Russie complexée...

L’argument : 12 Jurés. 12 Vérités. 1 Verdict. Moscou, de nos jours. 12 hommes que tout sépare doivent décider unanimement du destin d’un jeune Tchétchène accusé du meurtre de son père adoptif, un officier russe. Confinés dans un gymnase d’école transformé pour l’occasion en salle de délibération, chacun des jurés prend la parole pour s’imposer, peser les faits et finalement se révéler tandis que l’accusé attend son verdict en retraçant son parcours durant la guerre.

Notre avis : Une cinquantaine d’années plus tard, et de l’autre côté de l’Oural... Toujours des raisons d’être en colère. Enfermés dans un gymnase scolaire où il fait trop froid, où la tuyauterie circule le long des paniers de baskets, douze hommes doivent délibérer sur la culpabilité d’un jeune Tchétchène accusé d’avoir tué son père adoptif, officier de l’armée russe. Au vu de la réputation politique de Mikhalkov, on imagine d’ici le débat moral, entre conscience vertueuse, vodka-kalachnikov et panslavisme... En réalité, c’est l’admiration pour l’objet original - la pièce de théâtre et le film qu’en a tiré Sidney Lumet - qui semble primer et servir de conducteur à une transposition réfléchie, ornementée d’un humour à géométrie variable, entre fluide glacial et blagues potaches. Maniant avec force le verbe, le film déploie dans une joute chorale les dialogues incisifs et modernes d’un jugement ordinaire, non sans explorer les possibilités scénographiques offertes par les contraintes de départ. Le cinéaste se heurte toutefois souvent aux limites du huis-clos, comme si la forme devenait trop étouffante et demandait à s’annuler d’elle-même ; contrairement à Lumet et au Mankiewicz du Limier, Mikhalkov décentre le point de vue et s’écarte du seul cadre des délibérations, pour aventurer le récit du côté de l’histoire personnelle de l’inculpé : flash-backs, séquences d’angoisse dans la cellule du détenu et images quasi-allégoriques de la guerre ponctuent le film d’une manière originale, mais contribuent aussi à relâcher la tension inhérente à la situation initiale.

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© Kinovista

Toujours en colère, mais pourquoi ? La décision de reprendre l’intrigue, dans un contexte politique et social foncièrement différent - il n’est plus question de décider de la vie et de la mort d’un homme, mais de sa condamnation à perpétuité -, ne pouvait être un choix innocent de la part de Mikhalkov. La faiblesse de 12 aussi bien que sa puissance inattendue, est de nous faire croire à une fidélité moralisatrice et bien-pensante envers le canevas original dans son intégralité (la « réactualisation » faisant parfois office de prétexte), jusqu’à un point tournant dont on se gardera ici de dévoiler les ressorts. Le film semble à l’image de certains de ses plans, dont la réalisation furieusement accélérée et décalée par rapport au reste des scènes fait l’effet d’une piqûre d’adrénaline dans un ensemble sage et sans vagues. Que l’on partage sa vision ou non, ce sont les embardées de Mikhalkov et ses propres prises de risque qui demeurent les plus intrigantes et nouent l’intérêt inédit du film enfin sorti de l’ombre de son ancêtre mythique. Et il est singulier de remarquer que parmi la constellation d’acteurs de très bonne teneur convoqués pour ce banquet verbal, c’est encore une fois notre cinéaste mégalomane qui se place imperceptiblement comme centre de gravité de ce système, devenant à la fois le grand juge et le grand imagier du débat. Face à ce propos tranché et imposant, une seule voie de sortie : on vous laisse tenir le verdict final.

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Camille Lugan




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