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2009 lost memories - la critique

Retour vers le futur

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Basée sur un script enthousiasmant, cette passionnante uchronie souffre malheureusement d’une réalisation emphatique maladroite. Divertissant.

L’argument : En 2009, alors que la Corée fait partie de l’empire japonais, deux policiers font équipe pour enquêter sur un groupe terroriste de résistance...

Notre avis : Le cinéma coréen a connu un véritable essor au début des années 2000 au point de susciter l’engouement d’un public international de plus en plus vaste. Au tout début de cette nouvelle vague, le réalisateur débutant Si-myung Lee s’est vu confier un budget colossal d’environ 7 millions de dollars (du jamais vu dans l’industrie du cinéma coréen à l’époque) afin de mettre en scène son propre scénario, véritable pépite qui ose le croisement des genres avec un rare bonheur. Fondé sur un postulat uchronique (qui modifie l’histoire passée de manière imaginaire) qui veut que la Corée soit depuis l’aube du 20ème siècle sous la domination du Grand Japon, 2009 lost memories nous convie à revisiter l’histoire trouble d’un pays par le biais d’une rêverie utopique. Alors que les Coréens ont oublié qu’ils ont un jour été une nation indépendante du Japon, un policier d’origine coréenne enquête sur un groupuscule terroriste qui se révèle être une section de libération vis-à-vis de l’oppresseur nippon. Si le début du long-métrage laisse assez rapidement apparaître les intentions des auteurs – on se doute que le flic va finir par épouser les idées de ceux qu’il pourchasse – la suite parvient à nous étonner grâce à des développements narratifs audacieux conviant l’ombre tutélaire d’un film comme Retour vers le futur ou encore Terminator.
Alors que le script se révèle passionnant de bout en bout, on ne peut pas en dire autant de la réalisation de Si-myung Lee, dont les effets de manche finissent par lasser à la longue. Techniquement convaincant, 2009 lost memories souffre de certains partis-pris visuels douteux, dont le plus gênant est le recours à d’abondants ralentis. Sans doute inspiré par le cinéma de John Woo, le cinéaste use et abuse de ralentis disgracieux qui plombent ses séquences d’action, pourtant impressionnantes. Hormis le premier assaut dans le musée absolument remarquable, le reste du film pâtit de l’insistance du cinéaste sur chaque scène spectaculaire qu’il découpe à l’infini. Parfois exagérément mélodramatique, le film s’inscrit pleinement dans la mouvance d’un cinéma coréen de l’excès (musique emphatique, scènes bigger than life, jeu outré des acteurs), tout en s’inspirant également du cinéma hollywoodien. Ainsi, le film oscille sans cesse entre des influences aussi diverses que le Heat de Michael Mann pour la partie policière, Matrix pour le découpage des scènes d’action ou bien Les aventuriers de l’arche perdue pour la partie finale. Cette étrange hybridation qui tient du grand barnum se trouve être à la fois la principale qualité de ce spectacle généreux, mais aussi sa plus grande limite par son manque intrinsèque de personnalité.
Enfin, il ne faut évidemment pas négliger l’aspect purement nationaliste d’un tel produit. Chantant la gloire de la nation coréenne, libérée grâce à ses croyances ancestrales et à la dévotion de ses fidèles serviteurs, 2009 lost memories brosse le spectateur coréen dans le sens du poil et flatte par instants sa défiance vis-à-vis du voisin japonais. Si le film demeure supportable malgré ses élans nationalistes, il n’en reste pas moins une redoutable machine de propagande qu’il faut donc regarder avec un esprit forcément critique. Le spectateur occidental, éloigné de ces considérations géopolitiques locales, pourra toutefois apprécier sans arrière-pensée ce spectacle à l’efficacité indéniable.

Virgile Dumez




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