Sans être honteuse, l’adaptation du premier volet de la trilogie d’A la croisée des mondes laisse un arrière-goût de déjà-vu. Trop policé et légèrement ennuyeux, cet incontournable de fin d’année peut en fait se contourner sans regret. A moins d’être un aficionado pur et dur de ce type de chroniques épiques ou d’avoir douze ans.
L’argument : Lyra, 12 ans, est une orpheline rebelle qui vit à Jordan College, un établissement de l’Université d’Oxford, dans un monde parallèle qui ressemble au nôtre mais qui a évolué de façon un peu différente. Elle a pour compagnon Pantalaimon, son dæmon, un être capable de prendre de nombreuses formes animales. Le monde de Lyra est en train de changer. L’organisme gouvernemental global, le Magisterium, resserre son emprise sur le peuple. Ses sombres activités l’ont poussé à faire enlever des enfants par les mystérieux Enfourneurs. Parmi les gitans, qui ont perdu beaucoup des leurs, court une rumeur : les enfants sont emmenés dans une station expérimentale quelque part dans le Nord, et on pratique sur eux d’abominables expériences... Lorsque Roger, le meilleur ami de Lyra, disparaît à son tour, la petite fille jure d’aller le chercher, jusqu’au bout du monde s’il le faut...
Notre avis : Premier volet ultra-coûteux (un budget avoisinant les 200 millions de dollars) d’une trilogie qui ne se concrétisera qu’en cas de succès, La boussole d’or est un pari fou. L’adaptation du succès littéraire britannique de Philip Pullman, Les Royaumes du Nord - His dark materials en version originale. Un gros risque pour New Line déjà à l’origine du triomphe en trois parties du Seigneur des anneaux, mais la période de l’année (à laquelle d’autres best-sellers avaient fait leur premiers pas cinématographiques comme Harry Potter ou Narnia) est propice à l’indulgence des jeunes spectateurs et de leurs parents, et puis la promo est gargantuesque. Donc, a priori, tous les espoirs sont permis pour ce blockbuster calibré pour illuminer le monde de ses splendeurs polaires. Pourtant l’enthousiasme en sortant de la salle n’est pas au rendez-vous et la déception pointe déjà à l’horizon.
En effet, si cette production n’est nullement honteuse - elle foisonne d’effets spéciaux effarants, de décors féeriques merveilleux comme un pôle Nord teinté d’onirisme, royaume d’imposants ours blancs plus vrais que nature et champ de bataille burtonien marqué par un ballet aérien de sorcières - il lui manque l’essentiel. De l’incarnation.
Trop occupé à soigner les clichés, le réalisateur Chris Weitz (American pie !!!) emprunte à Narnia, Harry Potter, au Seigneur des anneaux et à Jules Verne, et livre un objet illustratif, diaporama de vignettes étonnantes, dans lequel il est difficile néanmoins de pénétrer. Son travail, appréciable, se suit sans déplaisir, mais sans jamais investir le spectateur qui reste toujours aux portes de cet univers de fantaisie mille fois décrit, mille fois fantasmé, et déjà sublimé géographiquement parlant par la poésie d’Happy feet, qui sortait il y a un an exactement. L’accent anglais des jeunes protagonistes ; la figure brave de l’ours polaire, sorte d’Aslan du grand froid débarrassé de tout habillage religieux ; le combat final conjuguant les forces de sorcières, de loups, de pirates et de gitans... Du déjà-vu. Au final, rien ne nous captive au-delà de la simple beauté des images, qui est indéniable au milieu de ce lieu commun du conte épique.
La faiblesse narrative est d’autant plus perceptible que le récit fait parfois dans l’économie d’explications et se permet, pour ne pas dépasser la durée canonique des deux heures, d’emprunter des raccourcis un peu expéditifs. Pis, il tarde aussi à se mettre en place et l’on se surprend à s’ennuyer un peu dans sa première partie moins rocambolesque. Si l’on ajoute à cette liste de "petits" défauts une certaine frustration d’adulte provenant du caractère enfantin du casting (beaucoup de mômes à la base de l’histoire qui éclipsent les quelques stars adultes sous-employées dans ce premier volet (Kidman, sans expression, semble figée quand elle apparaît, et Daniel Craig paraît déjà préparer le prochain James Bond entre ses rares et très courtes apparitions), l’on se retrouve face à une déception, belle et classieuse, aux allures de carte postale du grand Nord envoyé par un petit cousin lointain.
