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Adieu jeunesse - la critique

Privée de propriété

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- Durée : 1h12mn
- Titre original : Rozstanie

Grand maître du cinéma polonais, Wojciech Has signe sous couvert d’une inoffensive comédie sentimentale, une métaphore de la délicate situation politique d’une Pologne coincée entre tradition nationaliste et réformisme communiste.

L’argument : Pour l’enterrement de son grand-pere, une actrice, Magdalena, revient dans la petite ville de son enfance. Elle y retrouve sa famille, ses amis d’autrefois, et rencontre un jeune garcon, Olek.

Notre avis : Quatrième long-métrage du réalisateur polonais Wojciech J. Has, Adieu jeunesse (1961) se présente a priori comme une comédie sentimentale détachée de toute réalité historique. Le film nous invite à suivre les aventures amoureuses d’une femme entre deux âges (la quarantaine rayonnante) qui revient dans le bourg de son enfance afin d’enterrer son grand-père. L’occasion pour cette actrice professionnelle de retrouver les lieux de son enfance et de sa jeunesse perdue afin de faire le point sur son existence passée. Alors qu’elle est sollicitée par l’aristocratie locale à laquelle son grand-père appartenait, elle finit par céder aux avances d’un beau jeune homme à peine sorti de l’adolescence, comme pour retrouver l’espace d’une nuit des sensations désormais évanouies. Avec un tact et une élégance rare, Wojciech Has oppose le passé et le futur en jouant constamment avec les symboles. Dès lors, l’aristocratie que fréquente l’héroïne, ainsi que son ancien amoureux éconduit représentent un monde en décrépitude, voué à la disparition. Si les lieux de son enfance n’ont pas changé, le regard que le personnage principal pose sur eux a évolué au point qu’elle ne les reconnait pas tout à fait. Décalée par rapport à cet environnement, cette femme tente de se réfugier dans les bras d’un jeune inconnu qui, lui, représente clairement l’avenir. Pourtant, avec son pessimisme habituel, Has conclue cette idylle passagère de manière abrupte, comme pour mieux signifier l’incertitude de l’avenir proche.
Loin de se limiter à ce simple niveau de lecture, Adieu jeunesse (1961) apparaît en réalité comme une vaste métaphore de la situation politique polonaise en ce début des années 60. L’héroïne du film n’est finalement rien d’autre que la personnification de la Nation polonaise, alors coincée entre ses anciens rêves de gloire nationaliste et aristocratique et un avenir incertain sous le joug du communisme imposé par les Soviétiques. C’est ainsi que l’on comprend mieux le destin de la propriété familiale qui passe durant le film des mains d’une aristocratie en voie de disparition à celles des domestiques, nouveaux maîtres d’un régime censé être égalitaire.
Toutefois, il ne faut pas forcément interpréter le long-métrage de Has comme une oeuvre nostalgique de l’ancien temps puisque le cinéaste ne porte visiblement pas dans son coeur les structures sclérosées de l’ancienne Pologne. En même temps très méfiant envers le nouveau régime imposé par les Soviétiques, il se fait l’écho d’une grande partie de la population polonaise en montrant que les nouveaux maîtres du pays ne sont pas forcément mieux intentionnés que leurs prédécesseurs. Voilà pourquoi Adieu jeunesse se clôt sur un magnifique plan d’un train qui s’éloigne dans la brume, comme pour mieux signifier l’absence de perspective laissée par les communistes.
Comme toujours baigné dans une ambiance poétique, bercé par une musique discrète et rythmé par de gracieux travellings latéraux qui épousent des décors luxuriants, le quatrième long-métrage de Wojciech Has ne doit aucunement tromper le spectateur par son apparente modestie (durée très courte et histoire simple). En réalité, le cinéaste s’impose déjà comme un maître de la pause narrative, lorsque les personnages se retrouvent perdus dans une zone incertaine de leur existence, quelque part coincés dans les entrelacs d’une Histoire qui les dépasse. Thème qu’il ne cessera de traiter tout au long d’une carrière admirable.

Virgile Dumez


Biographie

Wojciech J. Has, le génie baroque

Un cinéaste à l’œuvre cohérente, profonde et d’une beauté esthétique flamboyante.

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