Durée : 1h44mn
Sans doute l’œuvre la plus radicale de Lars von Trier. Loin de la joliesse consensuelle de sa Palme d’or, le cinéaste signe un film imparfait qui a choqué maints festivaliers à Cannes mais regorge de fulgurantes beautés.
L’argument : Un couple en deuil se retire à " Eden ", un chalet isolé dans la forêt, où ils espèrent guérir leurs coeurs et sauver leur mariage. Mais la nature reprend ses droits et les choses vont de mal en pis...
Notre avis : C’est ce que François Truffaut appelait un « grand film malade », à l’image de Marnie de Hitchcock ou INLAND EMPIRE de Lynch : une œuvre personnelle, fidèle à l’univers de son auteur mais qui possède un je-ne-sais-quoi d’inabouti, par un surplus d’ambition, un scénario maladroit et un nombrilisme ravageur. Passons très vite sur les aspects les plus glauques qui ont choqué maints spectateurs : violence conjugale avec éjaculation de sang, torture morale et physique et autres renards éventrés ont heurté certains, ce qui peut être compréhensible ; de là à accuser Von Trier de complaisance, il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas, d’une part en raison de la brièveté de ces séquences, et d’autre part car elles s’inscrivent dans la tonalité de noirceur que le cinéaste adopte pour peindre ce récit d’un travail de deuil douloureux et impossible. Et l’on sait depuis Un chien andalou (1928) que la violence au cinéma est aussi une forme de catharsis inhérente à certains projets esthétiques. Découpé en quatre chapitres avec prologue et épilogue, Antichrist démarre par la plus belle scène du film, en noir et blanc, qui voit le couple Dafoe/Gainsbourg faire l’amour, tandis que leur enfant effectue une chute mortelle. Les séquences au chalet regorgeront de beautés fulgurantes (la fuite du mari souhaitant échapper à son épouse devenue folle), qui font songer aux premiers Von Trier, (Element of Crime), tout en reprenant le dispositif théâtral expérimenté dans Dogville et Manderlay.

Loin de la joliesse consensuelle de sa surévaluée Palme d’or, Von Trier adopte une posture mystique qui n’est pas sans évoquer Dreyer et Bergman. Mais on pourra rester de marbre face à un symbolisme animalier particulièrement hermétique et à des références picturales et psychanalytiques qui ne manqueront pas de donner lieu à de savantes analyses. Et la mise en scène n’échappe pas toujours au pompiérisme, à l’instar de ce plan où un animal déclame que « le chaos règne ». Tel quel, le film est donc estimable mais inabouti. Il faut souligner aussi le jeu inspiré des deux comédiens : si Willem Dafoe a un rôle en écho à celui qu’il tenait dans La Dernière tentation du Christ, Charlotte Gainsbourg, dans la lignée de la Huppert de La Pianiste, réalise la composition la plus sulfureuse et difficile de sa carrière.



Vingt ans de cinéma expérimental et quelques belles réussites.
Lars von Trier, psychopathe, "victime" de son éducation judéo-chrétienne À chaque nouveau film, Lars von Trier aime faire parler de lui. Habitué à concourir à Cannes où il a tout amassé, celui-ci voulait secouer la Croisette comme "La grande bouffe" ou "L’empire des sens" en son temps. C’est d’autant plus réussi qu’à part la polémique qu’il suscite, "Antichrist" relève de la faribole. Scènes de masturbation, d’incision et de mutilation (et j’en passe !), on a vraiment mal pour Charlotte Gainsbourg et Willem Dafoe. "Antichrist" serait le résultat (...)
Par esdez
Douce vision que ce film qui ose exprimer la violence de l’âme humaine. Sans fard, le cinéaste nous place résolument en face de notre condition humaine qui pourrait être merveilleuse sans notre " présence". Imaginons un monde "naturel" ou l’homme originel (représenté ici par une femme)serait resté en cymbiose avec la nature, ce serait le paradis. Seulement, face aux aléas de la vie que l’on ne comprend pas, les réponses instinctives de l’humain sont commandées par la peur et, en conséquence donnent lieu à la mise en place de dogmes religieux ou anti-religieux qui (...)
Par roger w
Décidément, Lars von Trier continue à étonner après tant d’années. Une fois de plus il devrait contenter ses fans de la première heure et continuera à exaspérer ceux qui n’aiment pas son cinéma. Hommage foutraque au cinéma de Tarkovski, Antichrist démarre par une scène tout simplement géniale et alterne sans cesse les fulgurances et les scènes en creux. Son projet ambitieux est de sonder l’être humain pour en découvrir la part la plus sombre. Dans cet élan glauque, il trousse quelques scènes d’une beauté à couper le souffle, tout en choquant par des excès sexuels (...)