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Artemisia - la critique + le test DVD

Peindre et faire l’amour

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- Sortie du DVD : 2 mai 2012

Ce joli biopic évite tout classicisme durant une première heure remarquable qui nous plonge en plein cœur du bouillonnement artistique de la Renaissance. Dommage que la fin ne soit pas à la hauteur de ce qui précède.

L’argument : Italie, 1610. Artemisia Gentileschi, jeune femme de dix-sept ans, fille du peintre Orazio, connait la même passion que son père pour la peinture. Mais une femme ne peut pas entrer à l’Académie et encore moins peindre un modèle masculin nu. Sa rencontre avec Agostino Tassi, artiste rompu aux dernière techniques de l’art de peindre, va déterminer encore plus sa vocation et elle obtient de son père qu’Agostino lui enseigne ce qu’elle ignore encore, l’art de la perspective. Agostino va surtout lui apprendre la passion...

Notre avis : Remarquée par la critique grâce à un premier film original à la sensibilité étonnante (Le fils du requin en 1993), la réalisatrice Agnès Merlet change radicalement de registre avec son second long-métrage qui emboîte le pas d’un certain classicisme à la française afin de retracer le destin extraordinaire d’Artemisia Gentileschi, première femme peintre de l’histoire de l’art. En plein cœur de la Renaissance artistique, cette jeune fille largement influencée par Le Caravage a effectivement orienté sa peinture vers le baroque à une époque où le maniérisme triomphait. Outre la rupture esthétique qu’elle représente, Artemisia a surtout lutté pour être reconnue comme peintre à une époque où seuls les hommes avaient le droit d’exercer ce métier. Agnès Merlet, dès les premiers plans, parvient à nous faire partager la vie de ces peintres en atelier et nous plonge au cœur de la révolution esthétique opérée alors. Par la beauté des éclairages de Benoît Delhomme, injustement ignoré aux César 1998, qui reproduisent à merveille les zones de clair-obscur des toiles de l’époque, la réalisatrice nous invite à suivre tout d’abord la formation picturale de l’artiste, ainsi que sa lutte pour s’imposer dans un univers masculin. C’est indéniablement cette partie du long-métrage qui est la plus convaincante par son refus de l’académisme. Avec une sensualité qui déborde l’écran, la réalisatrice épouse les corps dénudés pour mieux faire ressentir le bouillonnement intérieur d’une jeune vierge. Associant l’art à la sexualité, Agnès Merlet nous emporte ainsi dans un tourbillon sensuel qui ravage tout sur son passage.
Malheureusement, au bout d’une heure de métrage, elle choisit d’abandonner son évocation de la peinture pour nous conter les conséquences du viol subi par la jeune fille. Dès lors, elle s’avère incapable de rendre crédible l’histoire d’amour tissée entre la jeune femme violentée et son mentor. Cette romance entre tellement en contradiction avec l’histoire réelle de l’artiste que ses tableaux eux-mêmes (marqués par un rejet patent des hommes) ne signifient plus rien au regard de la vision édulcorée donnée par le long-métrage. Toutes les séquences du procès sont finalement trop convenues, alors que la réalisatrice avait réussi jusque-là à éviter le classicisme qu’impliquait un tel sujet. Elle y succombe malheureusement dans cette dernière demi-heure, avant de retrouver la poésie de la première partie dans une séquence finale réussie. Trop tard toutefois pour sauver l’intégrité du film, et ceci malgré l’implication d’un casting de haut vol au premier rang duquel Valentina Cervi qui s’en sort avec les honneurs face à un Michel Serrault impérial.


Le DVD : Cette édition tardive intervient au moment où Artemisia est à l’honneur dans une belle exposition au musée Maillol à Paris.

Les suppléments :
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A part quelques bandes-annonces de l’éditeur, la galette se présente nue.

Image :

Si les premiers plans peuvent faire craindre une copie à la définition aléatoire, il n’en est rien. Bien gérée, la colorimétrie permet de profiter de la photographie contrastée de Benoît Delhomme en respectant toutes les zones obscures. Les séquences en plein jour bénéficient d’une belle luminosité. L’ensemble est donc très fidèle à l’expérience vécue en salle.

Son :

On est évidemment un peu déçus de ne pas trouver de piste sonore spatialisée sur cette galette qui n’offre qu’une piste française en simple stéréo. Celle-ci est toutefois suffisamment claire pour satisfaire les exigences du spectateur.

Notes : L’exposition Artemisia a lieu du 14 mars au 15 juillet 2012 au musée Maillol de Paris.

Le site de l’exposition : ICI

- Et un chef d’oeuvre d’Artemisia pour la route, Judith décapitant Holopherne de 1612 :

Virgile Dumez