Un thriller psychologique surprenant mené par deux comédiennes au jeu troublant.
L’argument : Alors qu’elle vient chercher son fils Thomas dans un goûter d’anniversaire, Elsa Valentin remarque une petite fille de six ans qui la bouleverse. Elle le sent, elle en a l’intime conviction : Lola est sa propre fille. Obsédée par ce sentiment inexplicable, elle cherche à en savoir plus sur l’enfant.
En s’introduisant dans la vie de la fillette, Elsa rencontre sa mère, Claire Vigneaux, qui s’inquiète du comportement étrange de cette femme qui rode autour de sa fille.
Elsa est-elle folle ? Dangereuse ? Mais que s’est-il passé six ans auparavant ? S’engage alors un face à face animal entre deux femmes qui n’auraient jamais dû se rencontrer...
Notre avis : Août 2006, La tourneuse de pages, thriller domestique et psychologique, connaît un succès estival remarquable pour une œuvre française.
Août 2008, le distributeur Diaphana use des mêmes ficelles pour imposer un thriller similaire, portant toujours le nom de Catherine Frot en tête du générique. La formule est donc connue, mais grâce au miracle des talents, l’opération de séduction, par la mise en place d’un suspense trouble et progressif, fonctionne autant, voire même mieux. Le résultat doit tout d’abord beaucoup à l’audace du cinéaste, Safy Nebbou, réalisateur du sensible Le cou de la girafe (un échec injuste qui méritait bien un détour) ; celui-ci détourne les règles du thriller domestique, puisqu’il précipite assez vite dans le récit des moments intenses de paroxysme pour finalement mieux s’infiltrer dans les brèches de la confusion psychologique de ses protagonistes. La sortie par le drame, émouvant et finement amené, surprend plus que la réelle nature du retournement de situation final propre à ce genre de scénario névrotique et obsessionnel.
© Diaphana Films
Autre clé de ce succès, la confrontation des comédiennes. Catherine Frot, tout d’abord, formidable de retenue dans le rôle d’une mère de famille toujours endeuillée, six ans après la mort de sa petite alors que celle-ci a été brûlée vive dans un hôpital peu après sa naissance. Malgré une dépression infernale qui la condamne à des tourments maternels cruels et qui la conduit à se construire une obsession malsaine pour l’enfant d’une autre en qui elle croit voir sa défunte fille, elle paraît toujours d’une incroyable humanité. A défaut d’être limpide dans ses intentions - au bord du gouffre, on ne sait jamais jusqu’où son personnage va aller - , sa froideur en fait, certes, un oiseau de mauvais augure, mais laisse transparaître une extrême fragilité derrière le masque d’un individu manipulateur et calculateur qui peu à peu change de visage comme pour nous rappeler l’étroite ligne de démarcation existant entre le statut de victime et celui de bourreau.
Face à elle, Sandrine Bonnaire, qui était déjà convaincante dans le précédent long de Safy Nebbou, s’offre un second rôle en or en mère inquiète, harcelée par une intruse bien mal-intentionnée. Véritable mère-biche apeurée, elle affiche une solidité, voire une vraie dureté, qui en font un personnage trouble à sa manière. De quoi alimenter l’ultime partie au ton singulier, qui emprunte un sentier totalement différent, mais tout aussi passionnant, confirmant l’ingéniosité d’un cinéaste qui a su, avec brio, se jouer des codes d’un genre pour y puiser l’essence même de sa légitimité dans le drame originel. A force de précision dans sa mise en scène (classieuse et cadrée) et de suspense fascinant (la scène saturée du ballet), Nebbou nous captive jusqu’au bout et confirme l’incroyable charisme du thriller à la française qui, dans ses différences, clame haut et fort le droit à l’exception culturelle, sans aucun mépris et sans aucune prétention affichés.
Le DVD
© Diaphana Films
Ce très beau film psychologique bénéficie d’une édition qui sait aller à l’essentiel.
Les suppléments
Malgré un nombre restreint de bonus, cette édition se distingue par la pertinence et la qualité d’un programme de près d’une heure. Le making of d’une demi-heure nous plonge au cœur du tournage, se révélant passionnant grâce au commentaire des images opéré par le cinéaste Safy Nebbou. Celui-ci détaille ses options de mise en scène, ses relations avec ses actrices et les défis posés par certaines cascades. Passionnant de bout en bout, car très instructif. Un module de huit minutes nous permet d’assister à un débat public avec le réalisateur et ses deux comédiennes. Un peu accessoire, ce supplément a le mérite de donner la parole aux deux actrices. Outre les traditionnelles filmographies et bandes-annonces, le DVD nous invite à découvrir le court-métrage Une naissance, tiré du film choral Enfances. Cette nouvelle réalisation de Safy Nebbou nous conte un événement de la jeunesse d’Ingmar Bergman avec un talent fou. Ce très beau court complète donc à merveille un programme simple, mais de grande qualité.
Image
Un rendu très fidèle par rapport à la copie entrevue en salle. Le piqué est de bonne qualité. Rien à redire.
Son
Entre la piste stéréo ou le 5.1, on ne repère pas de différences flagrantes si ce n’est lors des quelques passages musicaux (dans la boîte de nuit). Le film étant principalement intimiste, l’ensemble est avant tout frontal et met en avant les voix avec clarté.
© Diaphana Films