Film-dossier typique des années 70, Lucky Luciano met en lumière avec finesse les mécanismes de la mafia en s’éloignant des clichés.
L’argument : Lucky Luciano a été condamné à trente ans de prison pour avoir organisé le massacre de la Saint-Valentin en 1931, et devenir ainsi le chef de la Mafia. Gracié en 1945, il quitte les Etats-Unis et s’installe en Italie. Dès cet instant, le trafic d’héroïne entre l’Amérique et l’Italie augmente. Personne n’a pu prouver sa culpabilité...
Notre avis : En 1972, le triomphe au box-office mondial du Parrain de Francis Ford Coppola remet au goût du jour le film de gangsters qui a connu une certaine éclipse depuis les années 30-40. Même si le film de Coppola est loin de procurer de la sympathie pour les membres de la mafia, sa mise en scène stylisée tend à faire des truands des figures emblématiques et idéalise leur parcours. Cette vision esthétique du grand banditisme est dès lors soit maladroitement imitée, soit battue en brèche par des auteurs plus scrupuleux. En Italie, le cinéaste Francesco Rosi dénonce déjà depuis 1961 les agissements de la mafia, parfois au péril de sa propre vie. A travers une série de films engagés, de Salvatore Giuliano (1961) à ce Lucky Luciano, il ne cesse de montrer les us et coutumes de cette frange de la population. Typique de sa démarche quasi documentaire, Rosi signe avec la biographie de Lucky Luciano un film-dossier dont il a le secret.
Ne respectant aucune règle imposée par le biopic, l’auteur prend comme prétexte la vie de cet homme de l’ombre pour expliquer les origines douteuses et les implications politiques de la mafia. N’hésitant pas à employer une structure déroutante (avec des digressions d’un quart d’heure visant à expliquer la situation sur le plan historique), il multiplie les allers et retours temporels afin de dresser le portrait d’une organisation complexe mise en place avec le consentement des américains lors de la libération de l’Italie. Souvent difficile à suivre, Lucky Luciano est entièrement guidé par sa thématique et non par ses personnages. Ainsi, le cinéaste ne s’embarrasse d’aucune psychologie et Gian Maria Volonté n’est rien d’autre qu’un pantin sans âme, soumis à un système où le grand banditisme se mêle de manière inextricable aux affaires d’Etat. D’une rare intelligence, ce long métrage, qui explore avec une belle exhaustivité le problème d’une société parallèle maligne et destructrice, est devenu un classique du cinéma politique. Et s’il a pu dérouter à sa sortie en raison de son originalité, il continue aujourd’hui d’inspirer la jeune génération, puisqu’on retrouve son influence directe dans des œuvres aussi ambitieuses que Gomorra.
Le DVD
Une édition indispensable, malgré la piètre qualité technique de l’ensemble.
Les suppléments
L’éditeur nous propose un entretien audio d’une heure entre le critique Michel Ciment et Francesco Rosi. Ce dernier revient sur sa démarche intellectuelle et artistique, mais aussi sur l’histoire complète de la mafia. L’ensemble est malheureusement présenté sur un diaporama peu passionnant à regarder. Toutefois, la valeur de ce témoignage sonore compense l’aridité de la forme.
Image & son
L’image souffre des traces du temps et n’a visiblement fait l’objet d’aucune restauration. Les couleurs sont passées et plutôt fades, tandis que les noirs sont granuleux au point de déformer l’image. Les pistes sonores en VF et VO ne sont pas franchement efficaces ni très équilibrées. C’est assurément le gros point faible de cette édition.
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