Plus qu’un documentaire, ce témoignage sur la réalité quotidienne de la guerre en Colombie devient un cri d’alarme contre toute forme de censure. Indispensable.
L’argument : Hollman Morris, journaliste indépendant colombien, tente difficilement de concilier vie professionnelle et vie de famille, rigueur de l’engagement et craintes pour la sécurité des siens.
A travers son émission de télévision Contravia, il se bat pour dénoncer la barbarie du conflit qui frappe son pays. Mais comme partout où les journalistes subissent des pressions quotidiennes, partout où des hommes et des femmes s’engagent avec passion pour le respect des droits de l’Homme, son combat dérange une Colombie qui veut aujourd’hui se vendre comme une destination de vacances.
Ses reportages exclusifs ont valu à Hollman Morris honneurs et reconnaissance internationales, mais aussi menaces de mort et intimidations en tout genre dans son propre pays.
Notre avis : Tout le monde a entendu parler ces dernières années de la guérilla menée par les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) et de la libération d’Ingrid Betancourt. Mais qui sait exactement ce qui se passe dans ce pays ruiné par une guerre civile étouffée par le président libéral Alvaro Uribe ? Ce dernier ne domine t’il pas le pays d’une main de fer au nom d’une hypothétique lutte contre les narco-trafiquants ? Est-ce qu’un Etat qui ne dispose que d’une seule chaine de télévision à la solde du pouvoir peut-être considéré comme une véritable démocratie ? Autant de questions pertinentes posées par cet excellent documentaire de Juan José Lozano. A l’heure où la liberté des journalistes est sans cesse remise en cause par une censure économique bien plus sournoise que l’interdiction officielle pure et simple, le cinéaste accompagne Hollman Morris dans sa lutte pour montrer à ses concitoyens la vérité d’un conflit dissimulé à la population.
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Effectivement, tandis que la capitale Bogota vit dans la quiétude, une terrible guérilla frappe les marges du pays, faisant chaque jour des victimes. Entre exécutions sommaires, raids punitifs sur des villages et multiplication des enlèvements (les fameux desaparecidos), le bilan de la "république" colombienne est bien lourd. A la tête d’une émission de télévision diffusée uniquement à minuit, Hollman Morris ose filmer les victimes d’une guerre civile qui ne veut pas dire son nom. Au péril de sa vie, que l’on suit y compris dans son intimité, il ne cesse de dénoncer les exactions des différentes factions, quelles soient révolutionnaires ou gouvernementales. Faisant l’objet de menaces de mort, le courageux journaliste continue à défrayer la chronique et ne doit la vie qu’à sa médiatisation. Voilà pourquoi ce documentaire est d’utilité publique : il sert non seulement à garantir la vie d’un homme engagé et permet aussi de témoigner que l’action du gouvernement Uribe est loin d’être exemplaire. De quoi rendre particulièrement amère la remise de la médaille présidentielle de la Liberté par George W. Bush à son homologue colombien.
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