Comment un exploitant d’art et essai tente par tous les moyens de communiquer sa passion du cinéma, tout en luttant contre la machine à fric que sont les multiplexes. Saisissant.
L’argument : No Popcorn On The Floor nous plonge pendant un an dans les coulisses du seul cinéma indépendant de Bayonne : l’Atalante. Chronique drôlatique de la vie de cette salle pas ordinaire, qui tente de résister encore et toujours à l’envahisseur.
© ADR Productions
Notre avis : Il est extrêmement rare pour les spectateurs d’assister à tous les petits gestes quotidiens qui leur permettent d’assister en toute quiétude à la projection d’un film. Que fait le projectionniste, quelles sont les occupations du caissier ou encore la vie commune d’un petit exploitant de province, qui plus est féru de cinéma d’art et essai ? Autant de questions auquel répond ce documentaire fort sympathique, réalisé entre potes qui s’éclatent. La complicité entre les exploitants et le réalisateur crève l’écran et donne tout son sel à cette plongée au coeur des galères rencontrées par ceux qui veulent rester indépendants. En décalage complet avec la société de consommation ultra-médiatisée, les exploitants de l’Atalante de Bayonne remplacent chaque jour le mot exploitation par le mot passion.
© ADR Productions
Ce formidable entrain se heurte toutefois aux dures réalités économiques : devant faire face à la terrible concurrence des multiplexes, les petites salles ont bien du mal à s’en sortir. Leur programmation alternative n’attire qu’un public de cinéphiles et de curieux, pour la plupart très âgés (on est bien obligé de constater l’absence d’ouverture d’esprit de la jeunesse, rebutée à la simple idée d’aller voir un film sous-titré autre que venant des Etats-Unis). Si bien que le directeur de la programmation se pose des questions existentielles sur le destin de sa salle et finit par jeter l’éponge, dégoûté qu’autant d’efforts ne payent pas. Dynamisé par un humour constant, le documentaire montre avec vigueur cette expérience associative avant de plonger dans une réelle mélancolie devant cet échec. Au passage, les auteurs en profitent pour égratigner une société consumériste, uniquement préoccupée par le court terme et totalement influencée par les médias. Avec quelques belles idées de cinéma, le jeune Gaël Mocaër rend donc un vibrant hommage à tous ceux qui tentent contre vents et marées de garder leur indépendance dans un système entièrement fondé sur l’économie. Allez donc soutenir la liberté de penser autrement.