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samedi 3 octobre 2009

  J’ai tué ma mère mais...

Je suis heureux que ma mère soit vivante - la critique

 
 

L'avis des internautes (2 avis -  - Moyenne :  )

2 avis

Claude Miller s’associe à son fils Nathan pour mettre en scène efficacement un fait divers sordide du début des années 90. Il en résulte une manifestation sanglante du complexe d’Œdipe transcendée par l’interprétation de ses comédiens, en particulier Vincent Rottiers, tout simplement magistral.

L’argument : Notre identité est un vêtement dont notre enfance a dessiné les coutures. La présence de ceux qui nous ont élevés, nos parents, a été fondatrice de ce que nous sommes. Mais que se passe-t-il quand il s’agit d’absence ? C’est une des questions posées par notre histoire.
Entre 7 et 20 ans, Thomas a recherché Julie, sa mère biologique. A l’insu de ses parents adoptifs, il va retrouver cette femme qui l’a abandonné à 4 ans et commencer auprès d’elle une "double vie". Mais "qui a deux maisons perd la raison..." dit le proverbe.

Notre avis : A l’origine du projet, l’on retrouve Jacques Audiard. Le cinéaste d’Un prophète, alors en début de carrière, découvre un fait divers sordide ayant eu lieu en 1992 et en parle au producteur Jean-Louis Livi. Celui-ci, emballé, investit dans un scénario voué à l’oubli ; Audiard abandonne l’idée de réaliser, mais Livi, lui, décide de mener le projet à bien. Il convainc ainsi les Miller, père et fils, de s’associer pour réécrire et réaliser conjointement l’adaptation cinématographique d’une tragédie familiale basée sur un complexe d’Œdipe qui ne veut pas se dissiper.
En effet, dans Je suis heureux que ma mère soit vivante, Thomas, un jeune homme abandonné avec son jeune frère par sa mère, alors qu’il avait 5 ans, grandit dans la révolte et l’obsession de celle-ci, au sein d’une famille d’adoption. Il essaye de régler ses comptes avec le passé en retrouvant sa mère biologique lorsqu’il devient adulte. Thomas, inlassablement amoureux de sa génitrice depuis son plus jeune âge, n’est pas parvenu à se débarrasser de cette fascination enfantine pour le sourire, le sein et la peau d’une mère qu’il met irrationnellement sur un piédestal. Son souvenir le hante et tel un gamin, il refuse de s’investir sentimentalement auprès d’une autre femme, puisqu’intérieurement, comme tous les petits garçons, c’est sa maman qu’il souhaiterait chérir à jamais...
L’obsession et la rage se côtoient au cœur de ce personnage paumé qui ne trouvera paradoxalement que de la déception chez celle qu’il considère comme la plus belle des mamans. Alors que les flashbacks qui construisent le récit, mélangent les scènes de sa jeune enfance et de son adolescence aux moments présents de sa vie d’adulte, la tension, plus que palpable, monte d’un cran, voire deux. Thomas, instable, incapable de contrôler sa révolte, va jusqu’à involontairement conduire son père adoptif dans une maison de repos. Sur le borderline, son rapprochement vers sa vraie mère, une femme simple et immature, qui, quinze ans après, vit toujours dans le même état de pauvreté intellectuelle, le conduit vers davantage de tempêtes intérieures.
Portrait radical d’une société de misère, en proie aux cassures et déséquilibres mentaux, Je suis heureux que ma mère soit vivante sonde l’enfance et le déterminisme psychologique qui résulte de situations intolérables pour les mineurs. La séparation au moment le plus formateur dans la construction du garçon, devient ici générateur de crise jusqu’à l’acte désespéré de violence qui plane sur le métrage - le drame sanglant qui réparera le passé, tout en permettant à Thomas de fuir le présent.
En faisant preuve de perspicacité sociale et psychologique envers tous les protagonistes de leur fait divers, les deux réalisateurs mettent en place une machine à broyer l’humain qui fait froid dans le dos. Le réalisme naturaliste (la vie des classes populaires, les dérives de la jeunesse égarée, les fêlures irréparables) percute dès les premières scènes et interpelle crument dans la dernière partie. Choisissant l’option délicate d’un scénario entièrement construit sur la chronologie chamboulée, comme pour démontrer que tous les événements de l’enfance affectent la vie d’adulte, Claude et Nathan Miller sont aidés dans leur démarche par un casting de comédiens tous humbles et formidables, en particulier le jeune Vincent Rottiers. Toujours saisissant de rage et de spontanéité (on se souvient de lui et de sa violence refoulée dans Les diables), il est de nouveau une grande révélation qui mérite enfin d’exploser. Il en a l’âge, le charisme et la force de jeu. On n’a pas fini d’entendre parler de lui...

- Le test DVD

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