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mardi 3 novembre 2009

  Haute voltige

Les herbes folles - la critique

 

 

L'avis des internautes (2 avis -  - Moyenne :  )

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Nouvelle fantaisie et nouvelle réussite pour l’inusable Alain Resnais. Un grand souffle de liberté jouissif qui dépoussière le cinéma français.

L’argument : Marguerite n’avait pas prévu qu’on lui volerait son sac à la sortie du magasin. Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s’il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser.

Notre avis : Commençons par l’anecdote : Pierre Arditi ne joue pas dans le nouveau film d’Alain Resnais. Cela peut paraître anodin mais il est important de le souligner puisqu’il s’agit seulement de la deuxième absence de l’acteur en 30 ans de collaboration avec le cinéaste breton. La première fois, c’était à l’occasion du film I want to go home, il y a de cela exactement... 20 ans ! C’est dire si la figure et la voix du comédien sont intimement liées à l’œuvre de Resnais. D’où cette légère sensation de manque, fugace et inconsciente, ressentie dès le début du film.
Elle s’estompe cependant rapidement, d’une part parce que Sabine Azéma et André Dussollier sont eux bien présents, mais aussi et surtout parce qu’à 87 ans, Alain Resnais parvient encore à nous surprendre, à rendre précaire notre confort de spectateur, à jouer sur nos attentes, à nous faire participer activement au spectacle auquel nous sommes conviés. Le cinéma de Resnais ne souffre d’aucune sclérose, d’aucun rhumatisme, mais semble au contraire voué à une jeunesse éternelle. Si le magnifique Cœurs revêtait un manteau neigeux presque funèbre, ces Herbes folles prouvent que le cinéaste est toujours vert.

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© StudioCanal

Il opère même une sorte de retour aux sources en adaptant à nouveau un auteur des Editions de Minuit, Christian Gailly, après Marguerite Duras et Alain Robbe-Grillet pour ses deux premiers longs-métrages. Seule entorse à un modus operandi jusque-là immuable : Resnais n’a pas demandé à Gailly un scénario original et n’a pas collaboré avec lui. Qu’à cela ne tienne, le livre sera respecté à la lettre comme s’il avait été écrit pour le film. Et l’on comprend aisément ce qui a séduit l’auteur de Mélo : la retranscription du déroulement chaotique des pensées de personnages dont les motivations suivent des désirs parfois incompréhensibles ou des pulsions inavouables. Qu’est-ce qui détermine les choix opérés par un individu face à une situation donnée ? Autrement dit, que se passe t-il dans sa tête ? Quelles sont les parts respectives de l’inconscient, de la réflexion, de la mémoire et de l’imaginaire ? Toute l’œuvre de Resnais est centrée sur ces fascinantes problématiques. Le livre de Gailly était donc du pain béni. Le fringant octogénaire s’en est donné à cœur joie.
Pour illustrer l’anarchie mentale qui régit les décisions de ses personnages, Alain Resnais colle à l’écriture jazzy de Gailly en créant une esthétique de la rature, de la correction et de la rupture de ton et de rythme (que l’on trouvait déjà dans Je t’aime je t’aime et Providence). Du vol (à la tire) initial au vol (en avion) final, c’est un festival d’hésitations, de réflexions, de projections mentales modelées puis remodelées jusqu’au vertige, d’allers-retours, de phrases et de plans coupés, de couleurs qui se répondent ou s’opposent d’une scène à l’autre, de multiples pistes laissées en friche et d’interrogations diverses. Qui est ce narrateur auquel Edouard Baer prête sa voix ? Pourquoi Marguerite (Azéma, sublimement végétale) est-elle attirée par Georges ? Et Georges justement, quel est son passé si troublant ? Sur ce point précis, on note une différence fondamentale entre le livre et son adaptation. Dans l’ouvrage de l’écrivain, L’incident, il est clair, si l’on peut dire, que Georges a été mis au banc de la société pour quelques affaires de mœurs hautement répréhensibles. Dans Les herbes folles, c’est beaucoup plus évasif. Le personnage, brillamment interprété par André Dussollier, s’apparente plutôt à un Monsieur-Tout-Le-Monde trouvant une occasion rêvée de s’échapper d’une vie ennuyeuse (le « plan-plan » séquence du repas de famille est un modèle du genre). Quant à ses envies de meurtres, elles sont surtout irrésistiblement drôles et pourraient trotter dans la tête de n’importe qui. Ainsi Resnais nous rend le personnage familier et nous implique de fait dans la réflexion sur ses motivations profondes.

(JPEG)
© StudioCanal

Ce qui guide avant tout ces deux protagonistes, c’est cette envie de s’extraire d’une vie sans relief, comme les herbes folles font craquer le bitume, de brûler les « stop » (même si « ça fait mal ») et griller les feux. Il y a de nombreuses occurrences de signalisation routière, Marguerite possède même un « feu piéton » dans sa chambre, qui sont autant de barrières morales métaphoriques que l’on choisit de transgresser ou non. Cette liberté est à double tranchant et lorsque l’on va trop loin, on se tourne naturellement vers la douceur illusoire de ses rêves d’enfant. Piloter un avion par exemple. Si la fin est si touchante, c’est parce que Marguerite et Georges se retrouvent comme deux gosses dans leur gros jouet, suspendus au-dessus de la vie, en train de faire une tragique bêtise à cause... d’une braguette ouverte !
D’un point de vue purement formel, c’est également un régal. On retrouve les circonvolutions hypnotiques habituelles d’une caméra parfois tremblante, en accord avec l’esthétique claudicante évoquée plus haut. L’appel de l’air final est souligné tout au long du film par de magnifiques prises de vue en plongée qui fondent sur les personnages comme sur des proies. Bien sûr, beaucoup seront déboussolés et insensibles à tous ces charmes. Ils resteront cloués sur le tarmac tandis que les autres se délecteront de ces envolées parfois surréalistes. C’est le prix à payer pour ce magistral numéro de haute voltige.

(JPEG)
© StudioCanal





   L'AVIS DES INTERNAUTES

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    Frédéric de Vençay
     
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