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vendredi 16 octobre 2009

  I’m a Barbie girl in a Barbie world

Starship troopers - la critique

 


 

En tournant un film de propagande fasciste, Paul Verhoeven dénonce l’impérialisme américain avec un second degré particulièrement cinglant. Indispensable.

L’argument : Au XXIVe siècle, une fédération musclée fait régner sur la Terre l’ordre et la vertu, exhortant sans relache la jeunesse à la lutte, au devoir, à l’abnégation et au sacrifice de soi. Mais aux confins de la galaxie, une armée d’arachnides se dresse contre l’espèce humaine et ces insectes géants rasent en quelques secondes la ville de Buenos-Aires. Cinq jeunes gens, cinq volontaires à peine sortis du lycée, pleins d’ardeur et de courage, partent en mission dans l’espace pour combattre les envahisseurs. Ils sont loin de se douter de ce qui les attend.

(JPEG)
© Gaumont Buena Vista International (GBVI)

Notre avis : Plus de dix ans ont passé depuis la polémique qui a fait rage au moment de la sortie de ce Starship troopers (1997), accusé par de nombreux critiques et intellectuels d’être une apologie du fascisme. Déjà à l’époque, il fallait vraiment être aveugle pour ne pas comprendre les intentions réelles des auteurs. Paul Verhoeven et son scénariste Edward Neumeier avaient déjà collaboré sur Robocop (1987) où de nombreux flashs de journaux télévisés dénonçaient par l’absurde la manipulation médiatique. En adaptant le roman de SF de Robert Heinlein (effectivement peu connu pour ses opinions progressistes), les deux lurons poussent le bouchon bien plus loin en réalisant un gigantesque spot de pub de plus de deux heures. Utilisant jusqu’à la nausée l’esthétique propre aux films de propagande nazis (merci Leni Riefenstahl), Verhoeven trouble le spectateur et le force à adopter le point de vue indéfendable de personnages d’une superficialité crasse. Ainsi, tous les protagonistes humains semblent sortis d’une agence de mannequins : beaux, musclés, absolument divins dans leur perfection physique, ils exhibent un sourire éclatant qui rappellent les figurines désincarnées des jouets Barbie. Durant une première heure, sans doute un peu trop longue, le cinéaste nous plonge dans un soap dégoulinant où les jeunes recrues qui s’engagent sont d’une naïveté et d’une superficialité irritantes. Ils sont en fait le produit d’une société normative dont on apprend peu à peu à déchiffrer les codes : la réflexion y est totalement absente, le service militaire est le seul moyen de devenir citoyen et les célébrations de masse se font sous des emblèmes impériaux (l’aigle d’acier). Au final, cette société « idéale » n’est autre qu’un vaste empire fasciste qui prétend se défendre contre des agresseurs aliens.

(JPEG)
© Gaumont Buena Vista International (GBVI)

Très rapidement, le spectateur se rend compte que l’espèce en question est certes dangereuse, mais elle défend simplement son territoire colonisé par une puissance impérialiste. Les séquences finales qui montrent le cerveau alien faire l’objet d’expériences odieuses ne peuvent que confirmer l’aspect totalement ironique du long-métrage. En réalité, Paul Verhoeven s’en prend de manière indirecte à la toute-puissante Amérique. Les nombreuses séquences qui renvoient à la mythologie de la conquête de l’Ouest (l’attaque du fort en plein désert, la chevauchée de l’insecte géant) sont autant d’indices qui invitent le spectateur à réfléchir à l’extermination des Indiens par une société dite « civilisée ». A posteriori, on pourrait presque y voir un commentaire acerbe de l’intrusion américaine au Proche-Orient. A côté de cet aspect politique particulièrement détonnant, il ne faut pas négliger la qualité du spectacle de SF qui nous est offert. Sur ce plan, le cinéaste ne se moque pas de son public : il offre des combats spatiaux dantesques et de très violentes attaques entre humains et aliens. Très gore, Starship troopers bénéficie d’effets spéciaux absolument parfaits qui font du film une référence du genre. Alors, pour le sourire faux-jeton de Denise Richards et la représentation jubilatoire d’une société impérialiste, laissez-vous tenter par l’aventure.

(JPEG)
© Gaumont Buena Vista International (GBVI)





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