Prix Goncourt, scandale médiatique, L’amant explose dans le petit monde de cette rentrée littéraire 1984. Toutes les passions et les haines se déchaîneront autour de cette œuvre. Confession ou mise en fiction d’une vie, L’amant fouille la mémoire et effeuille les images jaunies du passé.
Au début, il y a l’image. Pas celle du bac. Celle-là vient après. Il y a l’image de Duras "dévastée", "émerveillante". "Ce visage de l’alcool [...] venu avant l’alcool". L’amant est le livre d’images. Celles qui existent, celles qui auraient pu exister. Comme cette jeune fille du bac, qui aurait pu, qui aurait dû être elle. Le souvenir s’enroule alors dans la spirale d’un aveu qui se dit autobiographique. Les années de lycée à Saigon, la rencontre avec l’amant chinois, une histoire d’amour qui refuse son nom, amour du frère, de la mère, de cette terre d’Indochine disparue pour toujours, elle aussi "perdue dans l’histoire". Souvenir qui sert de départ à l’imaginaire, qui s’égare aux lisières d’une vérité mouvante, qui s’emballe dans la séduction d’une trop belle histoire, comme une photo jamais prise qui se mettrait à exister.
Œuvre d’une vie, L’amant est un aboutissement. C’est la mise en forme de tout ce qui jusqu’alors n’avait été qu’esquissé, repoussé. C’est le retour aux sources, au limon originel. C’est, pour Duras, la revendication d’une histoire, celle de sa vie. C’est la justification de quarante ans d’écriture qui n’ont fait que préparer le terrain.
Pivot de la thématique durassienne, L’amant reste avant tout le roman aux multiples lectures, jamais épuisé, qui nous aspire, comme un tourbillon, au tréfonds de la douleur et de l’indicible qui font les grandes œuvres.