Le vieux Clint replonge dans l’obscurité du polar, stigmatisant tous les thèmes abordés dans sa filmographie. Pour les inconditionnels du réalisateur.
Trois enfants, Jimmy, Sean et Dave, jouent dans la rue. L’un d’eux décide d’écrire sur du ciment frais son prénom. Les deux autres l’imitent. Arrive sur ces entrefaites un homme qui dit être policier. Il leur passe un savon concernant le vandalisme, et embarque le plus apeuré du trio. Après quatre jours de viol et de torture, le gamin parviendra à se sauver... Des années plus tard, ces enfants sont devenus à leur tour pères de famille, et se sont perdus de vue. Il faudra la disparition de la fille de Jimmy pour qu’ils rapprochent et replongent tous ensemble dans l’horreur...
Après le pas très réussi Créance de sang, Clint Eastwood revient dans les méandres du thriller avec Mystic River. Un nouvel opus encore plus noir, directement tiré de la veine d’Impitoyable, son chef-d’œuvre à ce jour. Mystic River parvient-il à détrôner pour autant son illustre prédécesseur de son piédestal ? Pas complètement, est-on tenté de dire. Il souffre en effet d’un académisme qui l’empêche de devenir le polar du mois, voire de la fin de l’année.
Impeccable dans sa forme, parfaitement servi par ses acteurs, Mystic River est issu de cette vieille école de fabrication : efficace mais chiant à mourir par certains moments. Exclusivement concentré sur sa mise en scène, Clint Eastwood prend le temps de mettre en place tous les éléments d’une dramaturgie implacable (un meurtre odieux, la famille endeuillée, la police, la justice aveugle). Sauf que durant ces 2h17 demeurent quelques égarements, quelques longueurs qui plombent la finalité de l’œuvre. On aurait voulu ce Mystic River plus incisif, plus pénétrant ; on y barbote tranquillement sans jamais risquer s’y noyer. Les détracteurs trouveront ce polar bien pensé mais de facture trop classique.
Quant aux inconditionnels de Clint Eastwood, ils se jetteront les yeux fermés devant ce spectacle. Car Mystic River prend toute son ampleur lorsque l’on revisite la filmographie du réalisateur. Il y tient même une place de choix avec cette digression de plus sur la justice. On connaît l’ambiguïté de Clint Eastwood à ce sujet. Au regard de ses films, on peut constater systématiquement une préférence pour la justice instinctive (les Harry par exemple), celle qui vient du cœur plutôt que d’une réflexion. Mystic River s’en inspire directement, tout en s’engageant vers d’autres directions - on ne peut en dire plus de peur de dévoiler trop d’éléments du film. Le réalisateur mûrit en même temps que ses fidèles spectateurs. En ce sens, Mystic River est une pièce supplémentaire d’un puzzle artistique qui devient avec le temps sacrément séduisant.