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Un monde dévasté
Depuis les sept jours de feu qui dévastèrent le monde voilà mille ans, la majeure partie de la Terre est recouverte par la mer de la décomposition, une forêt de champignons géants répandant des spores mortelles pour les êtres vivants. Elle est dotée de sa propre faune d’insectes géants qui la protège et colportent ces spores, favorisant ainsi sa propagation. Les hommes survivent tant bien que mal à la périphérie de cette forêt, sur les quelques enclaves paisibles épargnées par ce fléau, ou encore dans les deux grands empires Tolmèque et Dork.
La vallée des vents est une terre protégée des miasmes toxiques par des vents, et où il fait encore bon vivre malgré une vigilance nécessaire à tout instant. Mais une guerre se prépare, et la vallée des vents, allié traditionnel des Tolmèques, se doit d’envoyer des hommes... ainsi que Nausicaä, qui représentera son père, le seigneur de la vallée des vents, gravement malade. C’est l’occasion pour elle, lors de ce voyage qui sera initiatique, de découvrir plus avant ce monde, ses empires, ses dirigeants ambitieux, mais aussi son écologie mystérieuse et ses secrets historiques.
Une œuvre d’une richesse rare
Œuvre feuilletonesque de mille pages, parue entre février 1982 et mars 1994 dans le mensuel Animage, Nausicaä de la vallée des vents [1] est le seul manga d’Hayao Miyazaki [2]. Si son déroulement semble avoir été parfois improvisé (quelques détours de ce grand voyage n’étaient pas nécessaires, sans doute), le scénario de Nausicaä, les thèmes sous-jacents, l’évolution des personnages et la façon de donner au compte-gouttes les informations sur ce monde et son histoire sont absolument remarquables.
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Nausicaä fait preuve d’une ampleur qui force l’admiration. Elle soutient d’ailleurs parfaitement la comparaison avec Dune [3] de Frank Herbert, avec lequel elle présente bien des points communs. A commencer par la description d’un monde quasi apocalyptique aux règles étranges, où les humains ne font apparemment guère que survivre. Mais ce monde possède sa logique, son fonctionnement propre, en un mot son écologie, d’une absolue cohérence, qui n’apparaît certes pas évidente au premier regard. Ce monde a également son histoire, avec sa part de zones d’ombre qui, une fois éclairées, feront comprendre bien des choses.
Thème central donc, l’écologie, difficile et rarement traité, sans doute en raison de la complexité qu’il impose. L’auteur fait aussi la part belle à la bêtise humaine, avec son lot de haine, d’égoïsme, de cupidité et de peur. Les deux grands empires Tolmèque et Dork, survivant difficilement dans ce monde hostile, se déclarent en effet la guerre et n’hésitent pas à sacrifier les rares terres qui leur restent simplement pour pouvoir détruire l’adversaire. Face à cela, le personnage de Nausicaä va très nettement évoluer au fil de la série et s’avèrera une figure rare et sublime, matriarcale et protectrice, qui à la haine et la destruction oppose la compréhension et l’amour de tout ce qui vit, y compris cette si redoutée mer de la décomposition. Ce point est traité tout en nuances : cet amour déteint petit à petit sur les personnages que croise Nausicaä, et donne l’image de ce que pourrait être ce monde si la folie des hommes était moindre. Cependant, toute lumière génère son ombre et, en écologie comme ailleurs, là où il y a la vie il y a également la mort. Le personnage de Nausicaä présente cet aspect d’une manière a priori difficile à appréhender et qui force la réflexion du lecteur, lequel doit encore plus entrer dans le fonctionnement de ce monde et chercher à comprendre Nausicaä. Et ce faisant, lui aussi est transformé... Religion et pouvoir, manipulations génétiques et science sont également traités de manière certes intéressante mais peut-être plus classique. Enfin, pour terminer sur une note plus légère, le lecteur qui connaît bien Miyazaki retrouvera avec plaisir les engins volants qui lui sont si chers.
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Une série de grande qualité
Cette grande richesse confère à cette œuvre une profondeur fascinante, et offre ainsi plusieurs niveaux de lecture. Les qualités de Miyazaki résultent en un découpage d’une fluidité remarquable, extrêmement vivant et dynamique, et même la bataille du tome 3, qui occupe pourtant la moitié de ses 130 pages, est un bonheur à lire. Son dessin, tout en noir et blanc et en hachures, atypique dans le monde du manga, est d’une précision remarquable et de toute beauté, particulièrement dans l’utilisation occasionnelle de l’ombre et de la lumière. Il faut enfin signaler que Glénat a réalisé une adaptation de très bonne qualité : le format est grand, donnant au dessin une ampleur réellement agréable, le sens de lecture japonais est conservé, et les onomatopées originales ont été gardées, évitant ainsi de dénaturer le dessin. De plus un dossier très intéressant présente dans le premier tome l’auteur et la genèse du personnage de Nausicaä. Traitement de qualité pour une œuvre magistrale, tant sur la forme que le fond.