Le tandem Pellejero-Lapière nous revient et signe une belle romance sur fond de purges staliniennes. Tout en contraste...
Avec Un peu de fumée bleue, Pellejero et Denis Lapière avaient mis en évidence ce que le totalitarisme le plus arbitraire pouvait détruire chez l’individu. Avec Le tour de valse, ils continuent leur exploration intimiste de destins brisés par l’histoire. Nous sommes en Sibérie : Kalia, une jeune femme cherche à retrouver son mari, enfermé quelques années plus tôt dans un des camps de travail forcé qui ont pullulé sous l’ère stalinienne. Interrogeant des anciens compagnons d’infortune de son époux, elle apprend que ce dernier a sans doute été libéré et qu’en outre, il a connu une autre femme en captivité, dans l’étrange rituel appelé "tour de valse", par lequel on récompensait les ouvriers les plus méritants en leur permettant de s’unir, le temps d’une étreinte, avec une personne de l’autre sexe.
Le tour de valse est un roman graphique aux couleurs vives qui mêle avec doigté histoire individuelle et collective. Comme souvent dans les œuvres de Lapière, les personnages se parlent et se racontent, évoquant de manière poignante les souffrances qui leur ont été infligées, le combat permanent qu’ils mènent contre la résignation et l’oubli, dans un système qui broie les individus à tour de bras.
Cet opus forme avec Un peu de fumée bleue un étrange diptyque. Alors que ce dernier nous racontait l’échec d’une histoire d’amour causé par le traumatisme consécutif à la torture, le propos du Tour de valse est pratiquement inverse : il montre que l’amour peut survivre à tout, même au pire.