Vingt ans après, on retrouve les anciens potes du lycée de Birmingham. Ils ont mûri, ils ont changé, ils ont grossi... Et (presque) toutes leurs illusions de jeunesse se sont lentement évaporées. En fait, ils ont simplement vécu.
Et si l’Angleterre de Tony Blair n’avait rien à envier à celle de Margaret Thatcher ? Et si les espoirs placés dans le parti travailliste après le règne de la dame de fer s’étaient dissous en raison d’une nouvelle politique autoritaire ? Ces questions, Jonathan Coe les pose de manière insidieuse dans Le cercle fermé, la suite (et fin ?) de Bienvenue au club, en nous racontant le destin de ces anciens copains de lycée durant quatre années de blairisme. Nous avions laissé les protagonistes de ce roman au début des années 80, nous les retrouvons prêts à basculer en l’an 2000, angoissés à l’idée d’un bug informatique annoncé.
Bien sûr, les idéaux se sont dilués dans les contraintes du quotidien. Benjamin se rêvait grand écrivain et homme d’un seul amour, il travaille comme comptable en attendant d’achever son "œuvre" aux côtés d’une femme qu’il n’aime que du bout des lèvres. Philip n’est pas le journaliste qu’il rêvait d’être, et Doug tente de rester fidèle aux idées portées par son syndicaliste de père. Seul Paul, le petit frère de Benjamin, tire son épingle de jeu après s’être encarté chez les travaillistes et avoir été élu député. Lui, au moins, a compris que les années 90 avaient forgé l’égoïsme, le cynisme et l’opportunisme, sous couvert d’une communication bien rodée.
Tout le génie de Jonathan Coe tient dans sa façon d’immerger ses personnages dans l’actualité immédiate, comme la fermeture de la symbolique usine Rover ou la décision de Blair d’engager ses troupes en Irak. De tristesse en désillusions, il brosse le tableau extrêmement fin d’une génération de quadras de classe moyenne, emberlificotés dans leurs contradictions et une société vacillante, liés les uns aux autres par des fils toujours sur le point de rompre. Depuis les coulisses, on se délecte de ces histoires d’adultères, de tromperies, d’ambition personnelle ou de manipulation, tissées sur une trame solide et palpitante, confirmant, s’il en était encore besoin, tout le talent d’un auteur éclatant d’intelligence.