Avant l’excellent The mess we made (paru en 2003 chez Domino), le jeune homme sévissait sous la bannière Third Eye Foundation, faisant découvrir à son folk noir la drum’n’bass la plus débonnaire. Mais depuis, entre rencontres déterminantes (Yann Tiersen et le label Ici D’Ailleurs) et déménagements (Matt Elliott est aujourd’hui finalement installé en France), sa musique a suivi un chemin résolument moins électronique (la seule rythmique drum’n’bass est ici à trouver en guise d’adieu, à la fin du dernier morceau The made we messed). Attelé à sa guitare ou à son piano, Elliott développe tranquillement une musique hors du temps, pas forcément facile mais passionnante.
Et passionné, Matt Elliott l’est notamment des voix et des pays de l’Est. Quoi de plus normal donc que de réunir les deux sur un disque ? Ce Drinking songs pourrait presque passer pour un concept album s’il n’était pas empreint d’une simplicité et d’une modestie indéfectibles. Les mélodies d’ici se développent en effet naturellement dans de grandes largeurs instrumentales (témoin le captivant Trying to explain), avant de laisser place à des voix, dont de sublimes chœurs russes. Le sommet du disque est bâti ainsi, contant le désespoir des marins russes après la catastrophe du sous-marin Kursk, qui donne son titre au morceau.
Et c’est précisément une atmosphère de docks embrumés qui prédomine à travers ces Drinking songs qui se languissent sans doute d’être un jour chantées dans un bar enfumé du port de Minsk. En attendant, rendons hommage à la démarche simple et pourtant unique d’un musicien pas comme les autres, qui vient de réaliser coup sur coup deux grands disques hors du temps et hors des modes. En un mot : de quoi durer.