Deux ans après la surprise de son Ami qui vous veut du bien, Moll est de retour avec un démarquage ludique et sous influence.
L’argument : Un jeune couple tranquille voit son quotidien se fissurer après la découverte d’un lemming dans la tuyauterie de son pavillon.
Notre avis : "Est-ce que tu m’aimeras quand je serai vieille ?" Dans le nouveau labyrinthe signé par Dominik Moll et son scénariste Gilles Marchand, la question de Bénédicte (Charlotte Gainsbourg) adressée à son époux Alain (Laurent Lucas) est une clé essentielle. Lemming, film d’atmosphère, distille ce même venin anxiogène qui habitait Harry, un ami qui vous veut du bien, et surtout Qui a tué Bambi ?, première réalisation de Marchand, où l’on s’aventurait déjà vers des ambiances surnaturelles. Le doute obsédant de Bénédicte qui salit la façade blanche de son pavillon désincarné, comme cette trace de sang qui semble ne pas vouloir quitter le mur de sa chambre d’amis. Le deuxième film de Moll est une œuvre de doubles, de vampires, de fantômes et de faux-semblants, de rongeurs suicidaires - à moins qu’ils ne se noient que par épuisement. La paire Moll-Marchand connaît ses classiques, et parsème son enfant de quelques solides parentés : Lynch, (pour l’hésitation fantastique comme un vertige au fond d’un couloir sombre, ou pour le travail sonore très soigné), ou Hitchcock (pour sa bande son évidemment, mais aussi son fétichisme morbide - lieux hantés, jeu de portraits).
Démarquage minutieux d’Harry..., Lemming en reprend le schéma amical et viril afin de le déplacer dans un décor amoureux et féminin. Deux couples, et ce que l’un pourrait devenir : un jeune ingénieur et son double, un fumier lâche et décomplexé, une femme au foyer et son reflet, une dépressive suicidaire plongée dans un désespoir sentimental et jugée "étrange" par son mari qui ne voit même pas le mal qu’il lui fait. Ce Rebecca new look (une jeune fille avalée par le fantôme d’une morte dont la photo issue du passé revient comme un refrain) souffre de lacunes certaines (un rythme mal maîtrisé, quelques détails surexplicatifs comme une voix off maladroite), mais se révèle très ludique si l’on accepte de se laisser tirer par le bout du nez.
Aidé par une distribution irréprochable (et de laquelle émergent les deux Charlotte, Gainsbourg et Rampling), Moll confirme son art des énigmes et des ombres, son talent pour naviguer entre quotidien et irrationnel, cette aisance à créer des atmosphères cauchemardesques à partir de petits riens, un intrus dans la chambre, un baiser volé, un rongeur dans une tuyauterie qu’on croyait aussi clean que le crépi de cette maison jusqu’ici bien tranquille.
Le DVD :

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Des compléments en petit nombre, mais parfaitement passionnants en commençant par un long making of (quatre-vingt douze minutes) qui revient sur toutes les étapes essentielles de la production : repérages, construction des décors, effets spéciaux. Le tout agrémenté de nombreuses images du tournage permettant de voir le réalisateur au travail, ainsi que des entretiens avec les acteurs analysant les rapports étranges entre les personnages. On continue par la traditionnelle bande-annonce et par des filmographies des acteurs et du cinéaste. Enfin, la cerise sur le gâteau vient de la présence du premier court métrage de Dominik Moll intitulé Le gynécologue et sa secrétaire (1987), où il fait preuve d’un grand sens de l’atmosphère. Ce travail de fin d’étude en noir et blanc, d’une durée de trente-quatre minutes, relate les relations "maître-esclave" qu’entretient un homme froid avec sa secrétaire. Glaçant.
Image et son : L’ensemble est de bonne tenue avec une image proche de celle vue en salle et un son d’ambiance efficace. On notera la présence d’une piste pour sourds et malentendants, initiative à saluer.