Ils sont quatre, deux couples, la sainte et l’écorché, la comédienne et le businessman, et vont succomber au jeu cruel des affinités électives. Epris de Marthe, la femme de Louis Laine, un jeune homme à peine sorti de l’adolescence, Thomas Pollock, le boss, va tout entreprendre pour la lui dérober. Argent, maîtresse (Lechy Elbernon, une actrice à l’ego surdimensionné et finalement attachante), il élabore un scénario machiavélique pour que l’échange puisse avoir lieu. Mais peut-on vraiment posséder des hommes et des femmes, leur conscience et leurs désirs, comme une simple marchandise ? Evidemment non. Avec cette pièce qu’il a écrite à vingt-cinq ans et reprise plus d’un demi-siècle après avoir achevé la première version, Claudel s’adonne, en réalité, à un drôle de voyage dans les méandres d’une humanité qui ne peut plus, dès lors, que se regarder dans les yeux.
Un jeu de miroirs, en somme, qu’Emmanuel de Sablet rend admirablement grâce à une utilisation totale de l’espace. A Agitakt, les sièges des spectateurs sont adossés aux murs, rien ne se perd, la salle et la scène se confondent. Tout (et tout le monde) se contemple sur de grandes glaces qui permettent au public de ne pas manquer une seconde de la pièce, peu importe où il se trouve dans la salle. Personne n’est exclu mais chacun doit construire son propre scénario et se forger son opinion en conscience, à l’image des protagonistes de ce drame. Musique, chorégraphies, allers et retours fréquents sur la mezzanine, dommage dans ces conditions que la mise en scène ne laisse aucun répit, qu’elle n’offre que trop rarement la possibilité de prendre quelques secondes de recul, de se retrouver le temps d’une respiration à l’intérieur de cette histoire qui concerne tout le monde.