Un documentaire fort et pudique à la fois sur un conflit qui a lieu aux portes de l’Europe, en ce moment même. Témoignage essentiel à valeur historique.
L’argument : Les efforts incessants d’une femme, Zainap Gashaeva, pour dénoncer l’oppression et le massacre du peuple tchétchène par le gouvernement russe. Portrait de la fondatrice de l’association Echo de guerre, groupe de femmes activistes tchétchènes qui travaille en collaboration avec des femmes russes.
Notre avis : La Tchétchénie est une République qui a réclamé son indépendance à la Russie lors de l’effondrement du bloc soviétique en 1991. Pourtant, en 1994, les troupes russes envahissent la plus grande partie du territoire. Même si la guerre est officiellement finie depuis 1996, les Russes occupent toujours les terres tchétchènes. La situation est tellement intenable qu’une nouvelle guerre intervient en 1999. Aujourd’hui encore, ce conflit est officiellement terminé, mais chaque jour des exactions sont commises de part et d’autre. Pourtant, aucune information valable n’est parvenue jusqu’aux oreilles des Européens et ce formidable documentaire est l’occasion de mieux connaître un conflit atroce et meurtrier.
Le cinéaste suit le parcours d’une militante tchétchène qui accumule depuis des années des cassettes vidéo montrant l’horreur de la situation : elle donne la parole à des témoins qui ne cachent rien des méfaits des soldats russes violant, pillant et torturant les civils. Ainsi, le début du métrage nous présente quelques passages difficiles avec des cadavres éviscérés, mais aussi des charniers, des enfants traumatisés et des victimes d’attentats. La grande force de ce documentaire vient du fait qu’il interroge de nombreux Tchétchènes, mais aussi des journalistes russes muselés par un pouvoir fort. L’auteur questionne aussi des officiels russes qui se rangent derrière le paravent du "terrorisme international", beau prétexte déjà employé par George W. Bush pour justifier des politiques extrêmes.
On peut mieux se rendre compte de la réalité du pouvoir de Vladimir Poutine qui a bien révisé son petit Staline illustré : massacres de populations innocentes au nom d’une guerre coloniale, élections truquées afin de mettre à la tête de la Tchétchénie un homme de paille, paroles douteuses comme son ignoble "Nous crèverons tous les terroristes tchétchènes jusque dans leurs chiottes", accolades joyeuses lors des réunions diplomatiques afin de mieux endormir des chefs d’Etat comme Jacques Chirac et Gerhard Schroeder, plus préoccupés par leurs affaires commerciales que par les droits de l’homme.
Le documentariste ne passe pas sous silence les horreurs commises par les femmes kamikazes tchétchènes sur les Russes et pose la question à Zainap Gashaeva qui condamne tous les crimes quels qu’ils soient. On évoque aussi la récupération du mouvement tchétchène par des islamistes fondamentalistes, qui, par leurs attentats, desservent la cause du pays plus qu’autre chose. De même est montrée la longue et difficile marche vers la reconnaissance du drame tchétchène par les tribunaux internationaux, réduits à l’inaction par le pouvoir russe (et son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU).
Au milieu de tout ce concert diplomatique, chaque jour, aux portes de l’Europe, des hommes et des femmes souffrent (Tchétchènes et soldats russes), des enfants sautent sur des bombes et tout le monde s’en fiche. Ce travail documentaire a le mérite de donner la parole à un maximum de témoins, avec beaucoup de pudeur. Il n’est plus question ici de parler de cinéma, mais bien d’un témoignage historique de premier ordre sur un conflit sanglant et étouffé.