Une fresque magistralement mise en scène, d’une beauté visuelle stupéfiante. La nature surpassant l’homme et l’homme surpassé par sa nature.
L’argument : Virginie, XVIIe siècle. Les colons anglais débarquent sur une terre vierge, habitée par les Indiens Powhatan. La "civilisation" ne parviendra pas à comprendre les "sauvages". La nature, jardin d’Eden, deviendra l’Amérique, terre d’ambition. Un homme seul, John Smith, semble attiré par la pureté des Indiens, et par la fille favorite de leur chef, Pocahontas.
Notre avis : Avec quatre films en plus de trente ans, Terrence Malick est le réalisateur américain le plus rare, mais aussi le plus précieux de notre époque. Son dernier chef-d’œuvre, La ligne rouge, datait de 1998. Il y peignait la bataille de Guadalcanal avec une profondeur poétique et une analyse des sentiments humains unique, laissant la nature parler, le vent souffler dans les herbes au milieu du tumulte et la pluie ruisseler sur les corps blessés. Elevé dans les plaines du Texas et de l’Oklahoma, Terrence Malick filme comme personne les espaces et la nature dans toute sa splendeur. Une fois encore, elle est le personnage central du Nouveau Monde.
Fresque épique, historique et légendaire, ce film fleuve (2h30) casse les conventions narratives, se débarrasse presque intégralement de la carapace des palabres pour laisser parler les silences, les espaces et les sons. Wagner ouvre et ferme à juste titre cet opéra de l’Amérique des Indiens, de l’Amérique vierge, à l’aube de son "viol" par les colons. Mais ce sont les bruits de la nature, ses silences, ses frémissements que filme Malick ; et comme des correspondances, les caresses de ses héros, John Smith (Colin Farrell, peut-être un peu trop beau et sexy pour être totalement crédible) et Pocahontas (magnifique Q’Orianka Kilcher, seulement quinze ans).
L’histoire du Nouveau Monde, c’est avant tout celle de cette jeune Indienne, incarnation de la pureté, et qui, plongée au cœur du monde "civilisé", parviendra à rester fière, digne des valeurs de l’Amérique originelle : l’absence de jalousie, d’égoïsme, d’ambition. Ce mythe du bon sauvage, Malick le développe sans cesse, par la bonté et la simplicité des Indiens, leur douceur, mais aussi leur fierté face à des colons rongés par la colère, qui succombent aux maladies, crient, ragent, se battent entre eux ; et ravagent la nature, à son tour symbole d’un corps vierge et innocent, mais terriblement fragile. Cette métaphore filée, qui évite tout manichéisme sans pour autant taire sa pensée, parcourt le film de bout en bout.
Pour les besoins de son histoire, Terrence Malick, fasciné par sa jeune interprète, filmera Pocahontas jusque bout de son voyage "civilisateur". Pour mieux souligner la bonté de son cœur, et celle qui peut vivre en tout être, même chez les colons. Mais c’est avant tout la relation muette, les jeux entre John Smith et Pocahontas, leur communion avec la nature, qui portent le film aux sommets. Malick y filme des sensations, celle des pieds nus sur l’herbe humide, des frissons du vent sur la peau, de l’orage naissant et de ses souffles dans les cheveux. Dans ces instants uniques, il illustre la force poétique et la vision à part de son cinéma, célébration de la nature végétale et humaine dans toute sa fragilité, ses élans et ses colères.
Le DVD

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : L’édition est maigre en bonus. Un making of d’une heure en VOST, intitulé La création du nouveau monde, revient sur les différents stages de la préparation du film, mais l’ensemble est chiche en informations percutantes et prend très vite les allures d’une longue et ennuyeuse featurette. On y notera l’absence même du cinéaste, visiblement peu enclin à ce type d’exercice et aux commentaires audio, puisqu’à aucun moment il ne revient sur son œuvre. Le reste des suppléments est anecdotique avec deux bandes-annonces du Nouveau monde et un bonus caché.
Image & son : Le grand atout de cette édition réside dans ses qualités techniques exceptionnelles. L’image est superbe et épouse la beauté des paysages naturels américains. Chaque plan y gagne en splendeur. Les pistes 5.0, quant à elles, en VO, comme en VF, se déploient avec puissance, donnant force et ampleur aux images sublimes de Malick. Elles rendent en particulier un brillant hommage au score majestueux de James Horner, décidément très inspiré sur le coup.