Un texte décapant de Lars Norèn, auteur suédois renommé, porté par des comédiens généreux et inventifs. Un spectacle grinçant qui ne manque pourtant pas d’humour.
La nuit est mère du jour nous raconte, dans une langue très réaliste propre à Lars Norèn, le quotidien d’une famille ordinaire apparemment tranquille : un père, gérant d’un hôtel, une mère aux fourneaux et deux grands fils qui font leurs premiers pas dans la vie chacun à sa façon. Très vite, on s’aperçoit que tout ne tourne pas aussi rond que ça ! Derrière la gaieté apparente du père se cache le désespoir d’un homme lâche qui laisse sa vie partir à vau-l’eau : son hôtel est au bord de la faillite, pour se consoler il boit en cachette de sa femme et de ses enfants, le seul réconfort qu’il donne à sa femme dépressive et fragile est de lui conseiller de se reposer. Il se laisse piétiner par son fils cadet, paresseux, profiteur et manipulateur, et se moque de son fils aîné qui tente tant bien que mal de trouver une certaine stabilité dans ce chaos. Ce dernier a trouvé un refuge, seul bouffée d’air du spectacle : son saxophone, qu’il fait chanter entre deux crises. Mais pour combien de temps ?
Pas très gai, au premier abord... Le spectacle est pourtant ponctué de répliques savoureusement cruelles et ironiques, de situations absurdes et violentes. On peut rire de ce trop-plein de médiocrité tout en compatissant à la lâcheté et à la cruauté des hommes. La mise en scène, très réaliste, joue avec les petits détails de la vie quotidienne : le jeune rebelle qui se fait son cinéma devant un miroir, les repas de famille où l’un va piquer dans l’assiette de l’autre... Notons, enfin, la justesse des comédiens (notamment des deux jeunes hommes) dans cette partition peu évidente, où la violence physique et psychologique est parfois difficile à transmettre. Et pourtant, ils y parviennent avec brio...