L’adaptation du jeu vidéo éponyme est un bel exercice de style d’une beauté plastique époustouflante, mais terriblement plat dans son intrigue qui traîne désespérément en longueur. Une déception.
L’argument : De plus en plus souvent, la petite Sharon rêve d’une ville abandonnée, Silent Hill. Sa mère, Rose, qui veut comprendre l’étrange mal dont souffre son enfant, décide de l’accompagner sur place. Alors qu’elles pénètrent dans cet univers lugubre, Sharon disparaît. Rose se lance à sa poursuite, mais se rend vite compte que ce lieu étrange est en fait un enfer peuplé de créatures infernales qui dévorent littéralement tout ce qu’elles touchent. Cette dimension va peu à peu livrer ses terrifiants secrets...
Notre avis : Christophe Gans (Crying Freeman, Le pacte des loups) est un grand cinéaste qui attend toujours le chef-d’œuvre qui fera de lui un maître incontournable du septième art. Réalisateur compétent, capable de plans magistraux et de scènes époustouflantes, il a toujours peiné à donner à ses longs métrages l’épaisseur scénaristique nécessaire pour atteindre l’exemplarité. En effet, s’il est ambitieux et pointilleux, Gans se montre terriblement peu exigeant quand il s’agit de soigner ses scripts et le rythme de ses films. Son adaptation événement du jeu vidéo culte d’Akira Yamaoka ne déroge malheureusement pas à la règle.
Visuellement cette grosse production franco-américaine est une merveille qui parvient à dépeindre l’onirisme cauchemardesque du jeu avec brio. La caméra se promène avec aisance dans un univers fantomatique, voire dantesque pour le plus grand plaisir de nos mirettes habituées aux mondes infernaux des jeux vidéo Silent Hill. Le cinéaste donne le ton dès la première scène où il prend ses distances avec la réalité pour imposer une ambiance que l’on croirait empruntée à la Quatrième dimension. Il nous conduit très vite à Silent Hill, une ville fantôme oubliée de tous, qui ne figure même plus sur les cartes, où règnent le paranormal et des créatures hybrides repoussantes qui ont pour seules ambitions de nous flanquer la frousse.
Cependant de peur le spectateur ne mourra point. Bien trop occupé à soigner les apparences et à rester fidèle à l’esthétique du jeu, Gans en a oublié de retranscrire son authenticité et finit par égarer son adaptation dans les méandres d’une beauté trop lisse pour le microcosme glauque qu’il est censé reconstituer. Son enfer à lui est trop propre et synthétique pour nous filer les chocottes. L’univers poisseux et étouffant est devenu tellement feutré qu’il en est lénifiant. Pour nous tenir en haleine, c’est raté !
Le jeu qui se basait sur un sentiment de claustrophobie et une mise en abîme de la mort du joueur était véritablement terrifiant. Le film, lui, se refuse à toute intensité dramatique et émotionnelle. On accompagne des personnages que l’on sait hors de danger alors qu’ils déambulent au milieu de créatures, assez souvent mal intégrées, qui ne servent qu’à illustrer le récit au lieu de le nourrir. Faute de ressorts dramatiques et d’un nombre suffisant de personnages pour alimenter le suspense (et le bilan des victimes), l’intrigue traîne en longueur. Le mystère des premières séquences se dissipe pour laisser place à un ennui poli dont on ne sort que trop ponctuellement, notamment lors d’une séquence finale assez impressionnante qui justifie à elle seule nos deux heures de patience. Le casting, inconséquent, ne parvient pas à communiquer un sentiment d’angoisse au spectateur en manque d’adrénaline. La terreur ne se lit sur aucun visage et surtout pas sur celui de l’héroïne, interprétée par Rhada Mitchell, qui débarque dans un monde parallèle peuplé de créatures répugnantes et grouillantes, mais qui paraît impassible.
Loin d’être un navet, Silent Hill est un honnête film de studio, là où on espérait un monument à la gloire du genre. Il s’agit d’une production d’épouvante classieuse, probablement plombée par son éclat, qui se démarque par une violence timorée. Cela lui confère une place à part dans le paysage horrifique contemporain marqué par le succès récent du remake de La colline a des yeux, tourné par un autre français, Alexandre Aja, que beaucoup de gens décrivent comme étant un sommet dans l’horreur visuelle et l’effroi. Ce qu’aurait pu et ce qu’aurait dû être Silent Hill avec plus d’audace et un budget moindre.
Le DVD

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Excellent VRAI making of de moins d’une heure qui a la mérite de montrer un réalisateur au travail (aux prises avec les décors, acteurs, technicien, choix artistiques) ; enfin, une leçon pratique de cinéma honnête. Les mirettes écarquillées, on découvre les coulisses d’un tournage complexe, qui fait appel à toutes les techniques du septième art. Le reste des bonus (featurettes promotionnelles) est parfaitement dispensable tant ce documentaire est complet et intéressant.
Image & son : Un régal formel qui prend toute sa dimension dans cette édition collector. La gestion des contrastes, sur lesquels repose une grande partie de l’intérêt du film, est une réussite sans équivalent. C’est horriblement beau, même les dépiautages de Red Pyramide sont d’une précision et d’une beauté graphique à tomber. La piste DTS remporte, quant à elle, tous les suffrages, apportant un soin maniaque à la restitution de tous les effets sonores (cf. l’arrivée des Ténèbres) : dynamique et puissant.