Les perdants héroïques est une figure rhétorique à lui tout seul : un premier roman sur les débutants... est intriguant et au final plutôt réjouissant.
C’est en assistant à une obscure conférence plutôt ennuyeuse que Fermin Maroto se fixe la mission qui le guidera jusqu’à la fin de ses jours. Ce retraité solitaire décide ce jour-là de se consacrer à la tâche quasi-scientifique de répertorier les catégories de débutants. A ne pas confondre avec les perdants : ceux qui intéressent Maroto sont "ceux qui misent sur les débuts, [...] ceux-là mêmes qui ont concentré tous leurs efforts sur le commencement (de leur vie, d’une journée, d’une œuvre, d’un trajet) et dont l’élan initial s’est converti en cause unique de leur échec". La différence est certes subtile aux yeux du profane mais elle est bien réelle : le débutant a échoué car il a misé sur le début et non sur la fin, il n’a pas visualisé suffisamment son objectif. A mi-chemin entre l’anthropologue et le sociologue, Fermin Maroto - dont l’avancement des travaux est rapporté ici par son fidèle acolyte - établit une classification rigoureuse et délimite six catégories de débutants : par raison, par consomption, par omission, par conviction, par obligation et par dévotion.
Premier roman d’un diplomate espagnol, Les perdants héroïques n’a évidemment rien d’un ouvrage scientifique rébarbatif. Cette épopée de deux vieillards doux-dingues tient davantage du pastiche que de l’essai savant. L’écriture affectée et chichiteuse de Miguel Alberto restitue avec bonheur les méthodes alambiquées de Maroto. Chaque portrait de débutant se lit avec jubilation et toutes ces anecdotes, plus surprenantes les unes que les autres, sont bourrées d’humour. Pourtant, si le récit penche du côté comique, il ne franchit jamais la barrière de la moquerie. Ces ratés têtus, poisseux ou pathétiques sont l’illustration d’une vie qui nous échappe souvent et nous laisse en bouche un amer goût de regret.