Le chef-d’œuvre sado-maso de Masaru Konuma, inédit en France. La libération de la femme japonaise par le sexe et la violence. Kitsch et profond à la fois, un film dominé par l’aura de la cultissime Naomi Tani.
L’argument : Mme Yoshino est la fille d’un accessoiriste du théâtre Kabuki. Elle est belle, élégante et est passée maître dans l’art de faire des poupées de papier traditionnelles qui représentent des personnages célèbres du Kabuki.
Mais elle est veuve et vit avec sa fille Takako, adolescente en mal d’amour et jalouse de la beauté de sa mère.
Un jour, elles rencontrent Hideo, qui n’est autre que le fils de l’acteur qui a violé Mme Yoshino dans son adolescence. Une rivalité naît entre la mère et la fille, toutes deux désormais amoureuses de Hideo.
Notre avis : Tourné au cœur des années 70, La vie secrète de Madame Yoshino appartient à un genre bien particulier qui fit fureur au Japon : le "roman-porno". Si ce type de film, créée au départ pour renflouer les caisses du studio Nikkatsu, rencontre un succès immédiat et colossal, c’est parce qu’il fait voler en éclats les tabous de la société nipponne, notamment au niveau de la représentation du sexe. Même si le terme "roman-porno" n’est pas tout à fait approprié, on est plus dans l’érotique que le pornographique, le film de Masaru Konuma n’en demeure pas moins très osé et recèle quelques pépites rarement vues au cinéma. Outre des scènes de viols crapuleux, on assiste également à une tendre mais ambiguë scène de bain entre une mère et sa fille, point de départ d’une rivalité qui n’aura de cesse de croître.
Mais le thème principal du film demeure l’émancipation de la femme japonaise. Une émancipation dans la douleur (voir la scène clé du tatouage) et le plaisir, d’où cette esthétique sado-masochiste novatrice. Le renversement des codes est presque révolutionnaire. La figure masculine, le patron ou le fantasme adolescent par exemple, passe de dominante à dominée. Les rôles s’inversent, Madame Yoshino se transforme en vamp démoniaque ivre de désir. Coutumière de ce genre de rôle, il n’est pas étonnant que Naomi Tani soit devenue une actrice culte, élevée au rang d’icône, et finalement surnommée la "Marilyn Monroe du bondage".
Du côté de la mise en scène, et malgré quelques "kitscheries" datées, Konuma nous offre des plans très travaillés, en jouant notamment sur les reflets et l’abolition des barrières entre les personnages. Pour preuve, ce plan magnifique en plongée sur Naomi Tani, à l’abri des regards, se masturbant tandis qu’en arrière-plan sa fille couche avec le fils du fantasme de Tani (la mère, vous me suivez ?), représenté, dans la scène, par une perruque kabuki. Hallucinant ! Quant à la belle et douloureuse scène finale, entièrement imaginé par l’actrice, nous vous laissons le plaisir de la découvrir...
Les photos
Le DVD
Proposé dans un coffret avec un autre érotique de Konuma, Une femme à sacrifier.
Les suppléments
Répartis sur les deux films du coffret Collection romans érotiques vol. 1, les suppléments consistent en 3 interviews. Sur le DVD de Mme Yoshima, on trouve un entretien de 15 minutes avec le cinéaste qui revient sur ses études, son inspiration française, le sadomasochisme, le sexe et la jouissance, le tatouage et son actrice fétiche, Naomi Tani. Intéressant pour peu que l’on s’intéresse à ce cinéaste décalé et méconnu.
Sur le disque de Une femme à sacrifier, l’éditeur nous gratifie d’un entretien de 13 minutes avec l’ancienne star érotique Naomi Tani, qui revient sur sa carrière S.M. avec beaucoup de pudeur et de recul, et d’une brève présentation de 5 minutes du cinéaste par le réalisateur de Ring, Hideo Nakata.
Image & son
Techniquement, l’édition est décente, surtout pour une œuvre de ce genre, vieille de plus de 30 ans. Visuellement, les couleurs accentuées nourrissent l’érotisme kitsch du métrage, mais la précision du piqué n’est pas vraiment au rendez-vous en raison du grain initial de la pellicule. La seule piste sonore (VOSTF) propose un mono plutôt étouffé, mais parfaitement acceptable.