Une satire mesquine sur le milieu de la mode brillamment interprétée par une Meryl Streep féroce de grâce et de méchanceté. Absolument jubilatoire.
L’argument : Fraîchement diplômée, Andrea débarque à New York et décroche un job de rêve. Mais en tant qu’assistante de la tyrannique rédactrice en chef d’un prestigieux magazine de mode, elle va vite découvrir ce que le mot "enfer" veut dire...
Notre avis : Succès surprise au box-office américain avec plus de cent trente millions de dollars de recette pour un budget ridicule de trente petites briques, The devil wears Prada est définitivement la comédie du moment. Cette adaptation du fameux best-seller branché de Lauren Weisberger marque l’avènement d’un humour impitoyable dans les coulisses classes et raffinées d’un grand magazine de mode.

La maîtresse des lieux, l’odieuse directrice de rédaction incarnée par Meryl Streep, est une diablesse aux exigences méphistophéliques. Le verbe blessant, le regard désapprobateur, le menton hautain et les cheveux taillés par sa seule vanité, son personnage impose un consensus immédiat qui ne faiblit pas alors que l’intrigue progresse vers plus de mesquinerie et d’avilissement. Elle traverse tout le métrage le visage stoïque, figée dans l’ignominie, sans provoquer une seule fois l’aversion malgré les camouflets répétés qu’elle inflige à ses employées. La voix douce, quasi angélique, Meryl Streep insuffle à son personnage une méchanceté doucereuse et cassante avec une retenue épatante. La comédienne n’est jamais dans l’excès et s’éloigne de la caricature facile qu’elle transcende grâce à son charme. Elle nous rappelle à quel point elle est capable d’exceller dans le genre comique, après des rôles hilarants assez semblables dans She devil de Susan Seidelman (1990) et dans La mort vous va si bien de Bob Zemeckis (1992). Face à elle, sa nouvelle assistante, la mignonnette Anne Hathaway de Brokeback mountain, affronte les réflexions sur son poids, son allure et ses capacités intellectuelles avec flegme. Craquera-t-elle ou ne craquera-t-elle pas ? Restera-t-elle la jeune femme simple des premiers instants ou se transformera-t-elle à son tour en une figure inhumaine de papier glacé ?
La réflexion sur ce microcosme de paillettes et de fond de teint où l’on ne devient grand qu’une fois avili n’a, certes, rien de bien profond, mais elle a le mérite d’être mordante et savoureuse, en dépit d’une fin par trop moralisatrice. Le Malin peut se réjouir. Le plaisir constant de la projection nourri au charisme des actrices, aux répliques piquantes et à la fluidité du récit permettra sûrement au Diable s’habille en Prada de se hisser instantanément parmi les classiques de la comédie américaine.
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Le DVD
Les suppléments
Un DVD fourni, certes, mais au contenu assez décevant. Les six documentaires proposés sont en fait six featurettes sans saveur, purement promotionnelles et superficielles, comme les Américains savent si bien les faire (sic !). Heureusement le commentaire audio est bien plus dense en informations et en anecdotes et permet une relecture détaillée de l’œuvre. Il faut dire que les gars s’y sont mis à cinq pour les enregistrer, puisque réagissent le réalisateur, le producteur, le monteur, le directeur de la photo et la costumière. L’ensemble manque néanmoins de punch et de folie. De la part des concepteurs d’une comédie, on pouvait s’attendre à un peu plus d’humour, mais non, le professionnalisme pantouflard l’emporte. Les scènes supplémentaires (environ 17 minutes, dont quelques-unes qui valent le détour et qui méritaient bien d’apparaître dans le montage final) représentent le complément le plus satisfaisant car le plus amusant. Derniers bonus de cette édition : un bêtisier assez vain et la bande-annonce.
A noter que le film est également disponible dans une luxueuse édition limitée qui, pour cinq euros de plus, propose le roman de Lauren Weisberger, le tout dans un écrin aux allures d’agenda.
Image & son
La copie est irréprochable sur ces deux points et bénéficie d’une netteté à toute épreuve. Les couleurs sont d’une grande profondeur et rehaussent la fadeur de la réalisation. Quant au son Dolby Digital 5.1 proposé sur les pistes VO et VF, il donne du relief aux dialogues et aux effets sonores aussi limités soient-ils par le genre.