Un classique de la science-fiction qui a pourtant bien mal vieilli. Pour amateurs de films de propagande bavards.
L’argument : Une expédition scientifique américaine, installée au Pôle Nord, découvre dans un OVNI écrasé sur la calotte glaciaire un passager de l’espace congelé. Les savants portent le bloc de glace dans une base militaire, mais la chaleur ramène l’extra-terrestre à la vie...
Notre avis : Après les déboires subis lors du montage de La rivière rouge (1948), Howard Hawks décide de produire en indépendant un film fantastique capable d’être un gros succès commercial. Afin de remercier son monteur attitré Christian Nyby, Hawks lui confie les rênes du projet en pensant ainsi pouvoir le manipuler aisément. Si la paternité de La chose d’un autre monde (1951) a longtemps été un objet de discussion entre cinéphiles et historiens du cinéma, il semble clairement établi aujourd’hui qu’Howard Hawks a bien dirigé l’intégralité du film, de nombreux acteurs soulignant la totale inexpérience de Christian Nyby en matière de mise en scène. Cette théorie est corroborée par la vision même de cette œuvre présentant de nombreux points communs avec les autres films de Hawks : un groupe d’hommes qui se définissent par leur professionnalisme est assailli par un étranger ; la femme est présentée comme l’égale de l’homme et les personnages de scientifiques sont ridicules. Autant de thèmes typiques de la geste hawksienne, emballés dans un style simple allant droit à l’essentiel.
La chose d’un autre monde a marqué son époque en étant le premier film de science-fiction à évoquer de manière très claire une invasion extra-terrestre, tout en étant une métaphore évidente de l’affrontement idéologique que se livrent alors les Etats-Unis et l’URSS. Ainsi, le monstre est une image du communisme parvenant à séduire les faibles intellectuels, tandis que les militaires sont du côté du bien et de l’action, seule réponse efficace dans cette guerre froide. Autant dire que la position réactionnaire de Hawks a bien du mal à passer de nos jours : son exaltation du repli sur soi et sa propagande anticommuniste virant à la paranoïa se comprennent dans le contexte historique de l’époque, mais paraissent bien stupides au spectateur contemporain. La même année, un certain Robert Wise signait Le jour où la Terre s’arrêta qui prend l’exact contre-pied du film de Hawks en développant la thèse du dialogue et de l’ouverture vers autrui.
Que reste-t-il donc de ce petit classique de la science-fiction aujourd’hui ? Un brillant générique, quelques scènes très efficaces dans la neige et certaines apparitions du monstre - même si son allure de Frankenstein du pauvre risque de faire rire les plus jeunes spectateurs - le tout noyé dans un ensemble très bavard et pauvre en rebondissements.
Finalement, le film souffre de manière évidente du manque de respect qu’avait Hawks envers un genre considéré alors comme mineur. Plus intéressé par les séquences dialoguées et par la comédie, le cinéaste échoue à maintenir une atmosphère tendue. Les amateurs de frissons devront donc clairement se replier sur l’excellent remake de John Carpenter intitulé The thing (1982), en tout point supérieur.
Le DVD :

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Les éditions Montparnasse ont mis les petits plats dans les grands pour ce DVD absolument passionnant. Le boîtier luxueux renferme tout d’abord un livret très informatif d’une quinzaine de pages, tandis que les trois suppléments principaux sont d’une belle richesse thématique. Jean-Baptiste Thoret, critique et enseignant, se livre au difficile exercice du commentaire sur près de cinquante minutes du film. Si certaines informations font doublon avec le livret, ses analyses sont stimulantes et ne masquent pas les nombreux défauts d’un film plutôt inégal. Un autre module permet à quelques cinéastes cultes (dont Steven Spielberg et George Lucas) de montrer le choc qu’a eu le film sur le public des années 50 et de souligner en quoi cette œuvre les a influencés. Enfin, John Carpenter évoque son admiration pour le travail de Hawks, son cinéaste préféré, durant vingt-quatre minutes toujours intéressantes. Il montre notamment que La chose d’un autre monde est un film conservateur et positif, par opposition à son remake, bien plus sombre et nihiliste. Enfin, une bande-annonce d’époque clôt un programme en tout point remarquable.
Image & son : La restauration effectuée est optimale avec une image quasiment parfaite et bénéficiant d’une très belle définition. Les puristes iront naturellement vers une piste son en mono d’origine très efficace, aussi bien en français qu’en version originale. Les autres bénéficieront de deux pistes mixées en 5.1.