Entre échec et réussite, l’adaptation du roman de Vargas par Wargnier ne tient pas toutes ses promesses malgré un casting de premier choix.
L’argument : Paris, an 2000. Le commissaire Adamsberg est intrigué par des 4 inversés, peints sur les portes intérieures de différents immeubles de la capitale.
Sur la place Edgar-Quinet, Joss Le Guern s’apprête à faire sa criée du matin. Depuis quelques jours, un client anonyme dépose, dans l’urne du crieur de nouvelles, des messages mystérieux, voire incompréhensibles. En français du XVIIe siècle, parfois même en latin, ces annonces suivies font de plus en plus froid dans le dos.
A quel fléau ancien, si terrible qu’on ose à peine en murmurer le nom, les messages obscurs font-ils référence ? Faut-il les prendre au sérieux ou sont-ils simplement l’œuvre d’un illuminé ? Ou les deux ?
Notre avis : Wargnier change de style et de genre avec l’adaptation du roman éponyme de Fred Vargas, Pars vite et reviens tard. Inspiré par l’enjeu du sujet et du genre (thriller ésotérique tendance nouveau millénaire), le réalisateur de Man to man soigne sa réalisation plus que jamais et tente d’inculquer une ambiance pesante à ses images. Des efforts louables, qui font sensation lors de la mise en place du suspense. L’intrigue se dessine, ténébreuse et mystérieuse, avec la promesse d’une épidémie de peste meurtrière à Paris, tandis que la présentation du commissaire Jean-Baptiste Adamsberg, englué dans la contemplation de son échec conjugal, semble vouloir apporter une psychologie froide à la Guillaume Nicloux.
Malheureusement les choses se gâtent par la suite, le récit prenant une direction bien peu convaincante et les péripéties manquant fâcheusement à l’appel. Les coups de théâtre se succèdent, mollement, peu aidés par une interprétation capricieuse (Lucas Belvaux réalise mieux qu’il ne joue et Marie Gillain n’est pas dans le ton de son personnage) tandis que les déboires sentimentaux du commissaire alourdissent la trame inutilement. L’ambiance déroutante du début se dissipe et une intrigue de téléfilm noir bien français se construit. On n’y sauvera dès lors que José Garcia, toujours très juste dans le contre-emploi, et Michel Serrault, qui nous avait bien manqué sur le grand écran. Au final, Pars vite et reviens tard est une adaptation bancale qui ne possède pas les atouts nécessaires pour passionner ses spectateurs et distiller un souffle de décadence au Paris moribond du nouveau millénaire. Un semi-échec qui fait suite à celui du Concile de Pierre (pour mémoire, le film de Guillaume Nicloux sorti en novembre dernier est resté trois semaines à l’affiche), deux thrillers adaptés de deux grands succès littéraires qu’on aurait aimé défendre pour la pérennité d’un cinéma de genre français auquel plus personne ne semble croire vraiment.