Un film aux proportions infiniment épiques dont le courage et la réussite forcent l’admiration sans retenue.
L’argument : Dans les temps turbulents précédant la chute de la légendaire civilisation maya.
Jeune père porteur de grandes espérances, chef de son petit village, Patte de Jaguar vit une existence idyllique brusquement perturbée par une violente invasion. Capturé et emmené lors d’un périlleux voyage à travers la jungle pour être offert en sacrifice aux dieux de la cité maya, il découvre un monde régi par la peur et l’oppression, dans lequel une fin déchirante l’attend inéluctablement.
Poussé par l’amour qu’il porte à sa femme, à sa famille et à son peuple, il devra affronter ses plus grandes peurs en une tentative désespérée pour retourner chez lui et tenter de sauver ce qui lui tient le plus à cœur.
Notre avis : Réaliser une production de l’envergure d’Apocalypto pour quarante millions de dollars tient du pari un peu barge tant les tournages dans la jungle peuvent prendre des dimensions épiques disproportionnées à l’image des tragédies relatées ici par Gibson. Le choix même du sujet (le déclin de l’empire maya vu à travers quelques personnages symboles), de la langue étrangère et de l’absence totale de célébrité au générique confirme le côté casse-cou de l’entreprise. Curieux choix pour Mel Gibson qui aurait pu s’adonner à la facilité après le triomphe phénoménal de sa douteuse Passion du Christ qui pour mémoire avait boosté le box-office d’eau bénite à plus de quatre cents millions de dollars sur le seul territoire américain.
Aussi, l’acteur-réalisateur, aux propos antisémites et conservateurs notoires, revient avec une nouvelle morale familiale, puisque sa quatrième réalisation suit la fuite d’un jeune chasseur qui doit s’extirper coûte que coûte des griffes des méchants Mayas qui ont annihilé son village, pour sauver sa femme (enceinte !) et son fiston, qu’il a abandonnés au fond d’un puit lors du massacre de son camp. Au premier abord, l’idée de départ fait hisser le poil, dru et rigide, mais, face à l’époustouflante caméra mobile de Mel Gibson, on se laisse aussitôt emporter dans ce récit complètement halluciné, qui démontre une fois de plus l’influence hypnotique de la jungle sur la créativité des cinéastes.
On pense évidemment à La forêt d’émeraude de Boorman pour le côté fable sociologique et écologique, mais surtout à Aguirre de Herzog et Apocalypse now de Coppola pour cette fureur démente et décadente qui saisit les indigènes au fur et à mesure que l’histoire se déploie et que le destin rattrape chacun des protagonistes à l’échelle individuelle ou collective.
En faisant s’affronter les civilisations et les cultures, celles des petits chasseurs forestiers et des touts puissants Mayas, mais également celle de l’homme occidental de l’époque, dont l’ombre destructrice plane sur tout le métrage, et évidemment celle du spectateur, Mel Gibson confronte des peurs ancestrales et universelles toujours vivaces en notre ère de nouveau millénaire. La peur de l’inconnu et de l’inéluctable destruction, par la guerre ou la maladie. Il en ressort une profonde morbidité accentuée par une violence graphique souvent insoutenable, qui remet chacun à sa place dans ses prétentions humaines, mais également cinématographique, puisqu’Apocalypto met à mal tous les préjugés que l’on pouvait avoir jusqu’ici sur Gibson, dont le regard abrupt de misanthropie dissimule une perspicacité et une réflexion peu communes à ce genre de blockbuster. Tout bonnement admirable.
Le DVD
Une édition techniquement irréprochable qui pèche cependant par son manque d’interactivité.
Les suppléments
Une œuvre monumentale comme Apocalypto appelle souvent des éditions comparables fières de leur deux, voire trois disques, et de leur armada de bonus. Malheureusement cette troisième réalisation de Mel Gibson a connu un échec cinglant et son éditeur ne semble pas lui accorder grande confiance. Packaging conventionnel et suppléments tout aussi basiques : commentaires du cinéaste et du producteur Farhad Safinia ; making of de 24 minutes qui insiste sur le souci de réalisme de Mel Gibson (plus enclin aux décors gargantuesques à l’ancienne qu’aux images de synthèse) ; scène coupée anecdotique. Tout cela est bien trop peu pour cette œuvre épique qui connaîtra tôt ou tard, on l’imagine, l’édition spéciale qu’elle mérite.
Image & son
L’image est d’un réalisme cru qui s’éloigne de la définition traditionnelle des productions hollywoodiennes. Ce n’est pas très esthétique, mais telle est la volonté du réalisateur. En tout cas, son rendu numérique est d’une précision plus que respectable.
Niveau son, les pistes DTS et 5.1 sont de pures merveilles ; elles affûtent nos oreilles au moindre son de cette jungle luxuriante.