Un mélodrame inégal irradié par Jeo Do-Yeon, "actrice sunshine". Par le réalisateur d’Oasis.
L’argument : Après la mort de son mari, une professeur de piano doit élever seule son jeune fils. Elle trouve du réconfort auprès d’un mécanicien.
Notre avis : Même s’il contient des séquences d’une détresse absolue et d’une tristesse inconsolable, Secret Sunshine, le nouvel opus de Lee Chang-Dong, n’atteint pas les niveaux de Peppermint Candy et Oasis qui se révélaient plus bruts, précis et corrosifs dans leur traitement d’un sujet casse-gueule. Sans pour autant être des objets exempts de tout reproche. Dans Secret sunshine, on a juste l’impression de connaître la formule. Le sujet lui-même pose problème parce qu’il trimbale un cortège de clichés et de risques que le film n’élude que partiellement. Ne serait-ce que dans la description familiale morne qui devient la figure de style inhérente au cinéaste. Dans son précédent long, ce qui unissait les deux personnages principaux (un marginal et une handicapée) était autant le résultat d’une sincère attirance que l’ostracisme dont ils étaient victimes. Le cinéaste scrutait alors l’hypocrisie d’une communauté qui s’arrangeait pour que chacun ait sa place non pas en fonction de ses mérites ou de ses besoins mais en fonction de ses apparences. On retrouve ici le même problème d’ostracisme lors d’une scène assez rude où la belle-mère reproche à sa fille, jeune veuve, de ne pas être dans l’émotion.
Des éclats grinçants de ce genre, des vrais moments de cinéma qui évitent le sentimentalisme redouté, jalonnent ce périple chaotique en le rendant plus robuste que prévu. Pourvu d’une ironie qui devient malgré elle la politesse du désespoir (pour l’humour, c’est dans la salle d’à-côté), le film ne se détourne jamais de son sujet, ni même de son personnage qu’il accompagne jusqu’au bout, sans broncher. Et tant pis pour les deux trois longueurs. Ce portrait de femme qui trouve dans la religion un moyen de contrer l’adversité ne s’invente pas. Il fallait une actrice. Et pas n’importe laquelle. Jeo Do-Yeon, incandescente, habitée, sublime, qui justifie le déplacement. Le cinéaste aurait pu se contenter de la filmer pendant des heures sans que cela ne pose problème : le spectacle est fascinant. Grâce à Jeo (le "secret sunshine" du titre, c’est elle et personne d’autre), l’objet échappe comme par miracle au terrorisme lacrymal. Une performance justement récompensée au dernier festival de Cannes qui vaut le film et en fait sa précieuse lumière.
Le DVD
Des entretiens consistants et une bonne restitution du métrage. N’est-ce déjà pas si mal ?
Les suppléments
Vingt-trois minutes d’entretien avec le cinéaste de Oasis. Celui-ci explique clairement (et très lentement) ses intentions et les origines du projet. Un bel exercice qui trouve écho dans l’interview des comédiens entrecoupée de scènes de tournage. Un making of très animé en quelque sorte, qui sait sortir de son cadre pour nous captiver pendant 18 minutes.
Image & son
La bonne restitution du film est à prendre avec des pincettes. Le film ne bénéficiant pas d’une image exemplaire de par sa définition limitée, sa restitution n’en est pas moins plaisante. Similairement, la seule piste audio présente est le mono coréen d’origine (sous-titré en français, of course !). Un peu frustrant à notre époque, mais vu le caractère intimiste, complètement intériorisé de cette œuvre, cela n’est pas particulièrement désagréable, car l’enregistrement sonore, professionnel, est irréprochable.