Un scénario fort, des thèmes passionnants, d’excellents acteurs. Dommage que la mise en scène de Claude Miller ne soit pas à la hauteur.
L’argument : L’exploration d’un lourd secret de famille et l’histoire d’une passion, à travers le voyage intérieur de François, un enfant solitaire qui s’invente un frère et imagine le passé de ses parents. Le jour de ses quinze ans, une amie de la famille révèle au jeune François une vérité bouleversante, mais qui lui permet enfin de se construire.
Notre avis : Un beau sujet, d’excellents acteurs, des thèmes passionnants ... Que manque-t-il à Un secret pour être le grand film espéré ? Un réalisateur inspiré, ma bonne dame. Comme d’hab’ ! S’il le fût indéniablement à ses heures (c’est une admiratrice de Garde à vue et de L’effrontée qui vous parle), Claude Miller semble bel et bien avoir perdu la main.
Pour nous conter la révélation progressive du douloureux secret du titre, Miller n’a pas lésiné. Casting de choix où tous brillent, de Patrick Bruel (très sobre dans un personnage pas forcément sympathique) à Cécile de France (éclatante dans un premier rôle de femme fatale) en passant par Ludivine Sagnier (qui confirme plus que jamais) et Julie Depardieu (malgré un énième rôle de bonne copine). Un récit fort, tiré du roman très autobiographique de Philippe Grimbert, où grande et petite Histoires se rencontrent tragiquement. Des thèmes particulièrement intéressants, présents en creux dans le roman, mis en exergue dans le film. Ainsi l’exploration du rapport à la judéité et à l’antisémitisme, le second conduisant à tenter d’effacer la première (l’obsession du corps parfait pour déjouer le « concept » de race inférieure ; changer l’orthographe de son nom ; faire baptiser son fils). Mais également la complexité des rapports père/fils, quand le premier souffre de ne pouvoir, selon ses critères, être fier du second. Quand le second soupçonne le premier de lui cacher des choses. Le fameux secret, présent dans nombre de familles dont il empoisonne l’existence, quel qu’il soit.
Ici, il est particulièrement fort et troublant. Mais était-il vraiment besoin de tout surligner pour nous en faire ressentir la prégnance ? Semblant dépourvu de toute inspiration, Claude Miller opte pour une mise en scène hyper démonstrative, multipliant avec maladresse les effets les plus éculés (la scène du baptême), gênants (le parallèle entre scène d’amour et sort des victimes), faussement audacieux (l’utilisation du noir et blanc). Abreuvé d’ « ultra signifiance », son film y perd en émotion. Et nous laisse déçus, désemparés devant ce triste gâchis.