Le deuxième long de Vincent Perez en tant que réalisateur déçoit par sa fadeur et son manque d’incarnation. Un comble pour une histoire de réincarnation.
L’argument : Benjamin et Hannah forment un couple modèle, uni depuis plusieurs années par un amour solide et profond. Ensemble, ils ont une fille de 16 ans : Samantha.
Sensible à la crise que semble traverser sa fille, Hannah décide de partir quelques jours en tête à tête avec elle. Mais au détour d’un virage, leur voiture quitte la route. Aussitôt appelé au chevet de sa famille, Benjamin doit affronter l’indicible : sa femme et sa fille ont toutes deux sombré dans un profond coma. Hannah ne reprend conscience que quelques instants, le temps de serrer une dernière fois la main de sa fille. Au moment même où celle-ci ouvre enfin les yeux, Hannah s’éteint.
Déchiré entre la douleur d’avoir perdu sa femme et la joie de retrouver sa fille, Benjamin s’aperçoit bientôt que l’esprit d’Hannah semble s’être glissé dans le corps de Samantha ...
Notre avis : Curieux choix de la part de Vincent Perez. L’acteur s’était essayé à la réalisation sans grand succès commercial mais avec la reconnaissance des critiques avec un premier long sensible dans la grande tradition du cinéma intimiste français, Peau d’ange. Il revient aujourd’hui derrière la caméra avec le remake d’une œuvre fantastique japonaise, Himitsu, où il était question de réincarnation, avec un casting anglophone constitué de comédiens un peu has been (Duchovny, qui n’a jamais réussi à percer sur le grand écran, et Lili Taylor, ancienne gloire du cinéma indépendant). Très casse-gueule tout cela. Surtout que le sujet n’est pas des plus fins : à la suite d’un accident mortel de la route, l’âme d’une femme s’introduit dans le corps de sa fille. Un transfert dramatique qui va permettre à celle-ci de mieux comprendre les différends qu’elle avait avec son enfant, sous le regard impuissant de son époux, partagé entre le désir d’étreindre sa femme et celui de retrouver sa fille.
Ce thème fluet, très teenager dans l’âme, qui a servi de nombreuses comédies (Mon père, c’est moi, Solo pour deux, Dans la peau du blonde), Perez l’aborde sous l’angle du drame intimiste. Même si l’humour de situation tente le réalisateur (les scènes de campus lorsque la mère retourne au lycée, celle de la bibliothèque lorsque Duchovny va faire des recherches sur la possession), ce sont toutes les contradictions inhérentes à cette usurpation absurde qui emportent son enthousiasme. Les frustrations de la mère enfermée dans le corps bouillonnant d’une adolescente qui n’ose tromper son mari avec les jeunes amants de celle-ci et qui aimerait légitimement coucher avec son époux en utilisant le corps de son enfant, le dilemme de cette femme qui contemple la possibilité d’une deuxième vie où elle pourrait enfin suivre la voie de ses rêves (poursuivre des études...) alors qu’elle ne cherche en fait qu’à faire revenir sa fille dans ce monde au prix pour elle de disparaître à tout jamais de la surface de la Terre. Bref, le cinéaste tente de privilégier les conflits psychologiques pour mieux comprendre les relations intergénérationnelles et les non-dits entre parents et rejetons. Il tisse un parcours initiatique inversé où c’est la mère qui doit mûrir pour laisser sa fille devenir l’adulte de son choix.
Malheureusement, toutes les bonnes intentions du cinéaste ne suffisent pas pour donner de la consistance à un scénario aux relents de téléfilm. Le manque d’implication de Vincent Perez à la réalisation, trop impersonnelle et trop prudente, traîne le film dans une sensiblerie naïve, écartant finalement toutes les subversions potentielles du script (l’inceste). Sans être un spectacle désagréable, Si j’étais toi (rien que le titre !!!) souffre de fadeur et d’un manque d’incarnation et se contente d’être un spectacle très premier degré à réserver aux mères de famille et à leurs jeunes filles délurées.
Le DVD
Une édition dispensable d’un film au scénario inepte.
Les suppléments
Service minimum pour Europa avec une simple bande-annonce complétée par un making of très promotionnel d’une quinzaine de minutes. Tout le monde a l’air très satisfait de son travail (on se demande bien pourquoi !) et la scénariste essaye de défendre la profondeur de son scénario, pourtant bien lourd. Visiblement, Vincent Pérez n’a pas l’air de croire beaucoup à l’histoire qu’il est en train de tourner. Bref, un module inutile et sans intérêt, tout comme l’oeuvre qu’il accompagne.
Image & son
Sans jamais faire de miracle, l’image est plutôt correcte dans l’ensemble. On lui reprochera toutefois un certain manque de profondeur - notamment des noirs - et un rendu plutôt fade au niveau des couleurs. Les quatre pistes sonores sont de bonne qualité, mais l’on privilégiera les deux 5.1 (VO ou VF) qui sont discrètes, mais qui donnent davantage de relief à la scène de l’accident.