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Basic instinct - la critique

Pic à glace pour chaud lapin

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Chef-d’œuvre de perversité, ce thriller érotique a marqué les années 90 de son empreinte et a révélé au monde entier Sharon Stone.

L’argument : Nick Curran, inspecteur de police à San Francisco, enquête sur le meurtre d’une star du rock, tuée de trente et un coups de pic à glace par une inconnue alors qu’il faisait l’amour. La victime fréquentait Catherine Tramell, auteur de romans à succès. En fouillant dans le passé de celle-ci et en lisant ses bouquins, Nick la soupçonne fortement d’être la meurtrière, mais il a bien du mal à résister à ses pulsions qui le précipitent dans les bras de la suspecte.

Notre avis : Deux amants s’étreignent fougueusement sur un lit au centre d’une pièce pleine de miroirs. La jeune femme, dont on ne distingue que le bas du dos et la chevelure blonde, se munit d’un foulard blanc pour attacher son partenaire. Au moment de l’orgasme, la mante religieuse sort un pic à glace et transperce sa victime à la gorge et au visage. Cinq minutes se sont écoulées et le spectateur est déjà électrisé par une scène mêlant sensualité et extrême violence. Cette tension immédiatement palpable ne se relâchera pas durant toute la projection de ce thriller érotique devenu un véritable classique.
Paul Verhoeven, cinéaste hollandais, a déjà tourné des films à scandale dans son pays natal : Turkish delight (1973) contient de nombreuses scènes de nudité intégrale, Spetters (1980) nous gratifie d’une fellation homosexuelle explicite. Pratique sexuelle similaire dans Le quatrième homme (1983), mais, cette fois-ci, elle implique un éphèbe censé représenter Jésus, au grand dam des croyants. Lors de son passage à Hollywood, le cinéaste semblait légèrement calmé, même si sa description des Etats-Unis dans Robocop (1987) est plutôt virulente. Lorsqu’il se retrouve à la barre de Basic instinct (1992), Verhoeven retrouve son impertinence et lâche une véritable bombe sur la capitale mondiale du cinéma.
Son film est d’une violence souvent extrême, ne reculant jamais devant la description précise de meurtres sanglants. Mais, le plus étonnant vient des nombreuses scènes de sexe, toutes enrobées dans une atmosphère de perversion trouble. Ainsi, le personnage de Michael Douglas ne correspond en rien au héros traditionnel américain : attiré par le mal, il a déjà plusieurs bavures à son actif, il se drogue et succombe au charme vénéneux d’une Sharon Stone plus perverse que jamais. Le seul personnage sympathique (le gentil collègue rondouillard) est sacrifié dans une scène d’une violence incroyable, sans aucune pitié. Verhoeven se plaît à détourner tous les codes du thriller et introduit aussi une réflexion sur l’art en utilisant de manière très habile un twist final pas si explicite que cela.
Le metteur en scène multiplie également les références au travail d’Alfred Hitchcock. Ainsi, la première coupe de cheveux de Sharon Stone évoque celle de Kim Novak dans Sueurs froides (1958), tandis que sa maison de verre est clairement inspirée de celle de La mort aux trousses (1959). Le film est magnifiquement servi par un scénario parfaitement huilé signé Joe Eszterhas et par une musique envoûtante de Jerry Goldsmith, tant de fois imitée depuis.
Son parfum de soufre et son efficacité jamais démentie ont valu au film un succès planétaire immédiat, faisant de la sublime Sharon Stone une star internationale du jour au lendemain. Ce triomphe a, dès lors, engendré de nombreuses imitations, bien moins réussies : Sliver (1993) de Philip Noyce, Body (1993) de Uli Edel ou encore Jade (1995) de William Friedkin ne sont que quelques ersatz parmi bien d’autres. Voilà maintenant plus de dix ans que l’on évoque la possibilité d’une suite, mais le projet a été systématiquement repoussé jusqu’en 2005. Les temps ont pourtant bien changé puisque l’Amérique est touchée par une vague de puritanisme irritante ; Michael Douglas est une star vieillissante qui n’a pas voulu reprendre son rôle ; Sharon Stone a sabordé sa carrière en cautionnant par sa présence des navets innommables et Paul Verhoeven est revenu dans son pays natal. Même si cette suite annoncée pour mars 2006 sent l’opportunisme à plein nez, elle ne parviendra pas à entacher ce chef-d’œuvre d’ambiguïté et de perversité qu’est le film original.

Virgile Dumez


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