Tout premier long-métrage en Technicolor de l’histoire du cinéma, cette adaptation du Vanity Fair de Thackeray est un film trop théâtral et compassé pour satisfaire l’amateur de cinéma. Décevant.
L’argument : Becky et Amelia sont à l’école ensemble, mais Becky vient d’une classe populaire. Elle s’immisce petit à petit dans la famille d’Amelia et rencontre tous ses amis. Mais cette expérience va commencer à la détruire...
Notre avis : Véritable pionnier du film en couleur, le producteur John Hay Whitney a fondé dans les années 30 la société Pioneer Pictures afin de tourner des œuvres ambitieuses qui mettraient en avant les qualités techniques du Technicolor trichrome, déjà expérimenté sur des courts-métrages. Son premier gros projet cinématographique est donc une adaptation de la pièce de théâtre Becky Sharp (1899), elle-même largement redevable de l’œuvre littéraire de William Makepeace Thackeray intitulée La foire aux vanités (1847-1848). Si le roman a déjà été adapté de nombreuses fois au cinéma, Whitney est persuadé que l’apport de la couleur lui attirera les faveurs d’un large public. Afin de mettre toutes les chances de son côté, le producteur engage la comédienne Miriam Hopkins, alors en pleine gloire, et s’attache les services du réalisateur Lowell Sherman, ancien acteur devenu réalisateur avec un certain succès. Malheureusement, après quelques jours de tournage, Sherman décède à l’âge de 46 ans des suites d’une pneumonie. Il est aussitôt remplacé par Rouben Mamoulian, cinéaste prestigieux qui a déjà mis en scène Greta Garbo (La reine Christine) et Miriam Hopkins qu’il retrouve ici.
Est-ce cette absence totale de préparation ou bien l’utilisation de la couleur, technologie encore balbutiante, qui font de ce Becky Sharp une déception ? Peut-être. Si l’on peut mettre au crédit des acteurs une totale implication dans cette comédie dramatique très théâtrale, on ne peut pas en dire autant d’un réalisateur qui semble aux abonnés absents. Alors qu’il a régulièrement sublimé des scénarios médiocres par l’élégance de sa mise en scène, Mamoulian semble ici totalement paralysé tant il offre une absence de point de vue sur ce qu’il raconte. Il enchaine les scènes dialoguées avec fort peu d’imagination et rend l’ensemble assez indigeste et monotone. En grande partie sauvé par l’abattage sans pareil de Miriam Hopkins et par une intrigue qui fait preuve d’une certaine audace dans sa satire de l’aristocratie de la période napoléonienne, Becky Sharp manque curieusement de souffle et de folie. Comme pétrifié devant la tonne de dialogues qui s’offre à lui, le réalisateur retrouve son talent le temps d’une séquence : l’arrivée de Napoléon dans la localité de Waterloo.
Durant ces cinq minutes où l’épopée remplace enfin les badinages, l’imagination visuelle du cinéaste est à nouveau sollicitée. Vite rattrapé par un script qui préfère suivre pas à pas la pièce de théâtre, Mamoulian se coule à nouveau dans le moule durant la dernière demi-heure, aussi peu trépidante que le début.
Finalement, le film restera davantage dans l’histoire du cinéma comme étant le tout premier long-métrage en couleur que comme une œuvre majeure. C’est même l’un des films les plus fades de son auteur.
