Adaptation sans prestance d’un bouquin magnifique. Pattinson est à moitié convaincant.
L’argument : A Paris, à la fin du XIXe siècle, Georges Duroy, jeune homme ambitieux, est déterminé à se hisser au sommet d’une société qui le fascine. Des mansardes miteuses aux salons les plus luxueux, usant de son charme et de son intelligence pour passer de la pauvreté à la richesse, il quitte les bras d’une prostituée pour ceux des femmes les plus influentes de la capitale. Dans un univers où la politique et les médias mènent une lutte d’influence acharnée, à une époque où le sexe est synonyme de pouvoir et la célébrité une obsession, Georges Duroy ne reculera devant rien pour réussir.

Notre avis : Premier long métrage de deux metteurs en scène de théâtre britanniques, Bel Ami, l’adaptation de Maupassant avec Robert Pattinson dans le rôle principal de Georges Duroy, s’est longtemps fait attendre. Prévu initialement pour juin 2011, le film a été décalé d’un an, avec quelques petites sorties sans conséquences entre février et juin 2012 en Europe et en Asie... Le phénomène autour de l’acteur de Twilight a des limites, celle du bon goût des spectateurs adolescents peu intéressés par cette nouvelle version cinématographique d’un bouquin se situant dans le Paris de la fin du XIXe siècle, sur un homme à femme, opportuniste, vain et manipulateur, dans un contexte politique qui lui échappe.
Bel Ami en 2012 n’a nullement perdu de sa pertinence thématique. La vanité et l’obsession de la jeunesse comme vecteur de pouvoir et de manipulation des foules (ici le microcosme féminin bourgeois, bien marié à des hommes d’influence) dans une société âpre et vaine rappelle bien curieusement le monde du paraître qui est le nôtre aujourd’hui. L’enfermement de Georges Duroy dans un mécanisme de séduction continue d’interpeller, ravivant l’incontournable discours sur la cruauté de la vie qui reprend très vite ce qu’elle a donné. Un cheveux blanc sur la chevelure impeccable de Duroy et c’est déjà le processus de fin qui est enclenché...
On saura gré aux producteurs et aux deux réalisateurs de ne pas avoir cédé à la mode du jeunisme dans le traitement de l’histoire. Si le choix de Pattinson pouvait paraître un poil opportuniste, rien dans l’approche de son personnage n’a vraiment été émoussé pour le rendre plus policé. L’insupportable Duroy demeure, notamment grâce au jeu sans équivoque de l’acteur qui en fait peut-être un peu trop pour se donner des expressions. Autour de lui, le décor parisien de l’époque (bordel, garçonnière) et un casting féminin de qualité (Uma Thurman, Christina Ricci, Kristin Scott Thomas, excusez du peu) confirme une volonté de se rapprocher au plus près du bouquin, tout en replaçant cette ascension sociale par la femme dans un contexte politique propre à la littérature française du XIXe, celle de Maupassant et Flaubert.
Si l’on suit donc cette adaptation avec un certain intérêt, on regrettera toutefois le manque de prestance de la réalisation, très télévisuelle jusque dans le cachet des images. Il manque en effet à Bel Ami un regard esthétique, une puissance visuelle qui légitiment sa présence en salle, davantage que sur une chaîne de la BBC.
