Durée : 1h50mn
Chabrol et Depardieu, rois de la bonhommie, se rencontrent enfin dans une comédie policière truculente qui sent bon la vie, malgré une bonne couche de noirceur psychologique.
L’argument : Comme chaque année à la belle saison, le commissaire Paul Bellamy vient séjourner à Nîmes dans la maison de famille de sa femme Françoise qui rêve de croisières au bout du monde... Paul ne peut se passer de Françoise, mais il déteste les voyages. Un double prétexte le cloue sur place : l’arrivée inopinée de Jacques son demi-frère, aventurier au petit pied, porté sur la bouteille ; et l’apparition d’un homme aux abois qui lui réclame sa protection. Dans son désir empathique d’aider les uns et les autres, si possible en restant sur place, Paul leur consacrera son temps et ses efforts. Sa curiosité naturelle à enquêter y trouvera son compte. Sa position de frère aîné lui donnera davantage de fil à retordre...
L’homme aux abois dont Paul va s’occuper, c’est Noël Gentil, un quadragénaire effrayé qui se terre dans un motel des faubourgs. Endetté jusqu’au cou, dans l’impossibilité de payer les crédits de la maison où vit son épouse, il se ronge de ne pouvoir honorer la promesse faite à sa maîtresse de l’emmener au bout du monde.
Noël Gentil craint la police. Il craint de se montrer. Il craint d’avoir tué. Qui ? Il ne dit pas. Cantonné dans l’angoisse et les approximations, il intéresse Bellamy au plus haut point...
C’est une enquête en solo que Paul va mener, secondé par Françoise son épouse, que l’histoire stimule et mobilise, redonnant par la même occasion un coup de fouet à leur couple tandem dont Jacques le frère cadet, amoureux de Françoise et envieux de son frère, est horriblement jaloux...
Notre avis : Pour leur première rencontre cinématographique, les deux ogres, Chabrol à la réalisation - plus de 50 bougies de cinéma non-stop - et Depardieu - plus de 30 ans de boulimie d’incarnation - se rencontrent dans une comédie policière truculente, marquée du sceau de leur respect mutuel et surtout d’une expérience de vie impressionnante. Le résultat, drôle et décalé, comme souvent chez Chabrol, non dénué d’une couche de noirceur, n’est pas sans rappeler les dernières detective stories provinciales de Pascal Thomas. Ici ce n’est pas l’anti femme au foyer jouée par Catherine Frot qui mène malicieusement l’enquête, mais un célèbre commissaire, amoureux de sa femme et des plaisirs de la vie, en vacances à Nîmes (ville rarement exhibée au cinéma), qui s’amuse à résoudre une arnaque aux assurances ayant coûté la vie à un SDF. Il s’insinue dans les coulisses de l’enquête avec humour et bonne humeur, loin de la démarche officielle menée par un local. L’histoire, moins aguichante sur le papier que beaucoup de scénarii de Chabrol, est également secondaire dans nos plaisirs, puisque ce qui saute tout de suite aux yeux, c’est le magnétisme solaire de Depardieu qui cannibalise l’histoire. Son incroyable posture, extrêmement charismatique, exulte de jovialité et de bonhommie. A travers son personnage de flic à qui tout réussi, c’est toute la philosophie pantagruélique et épicurienne du comédien qui ressort - son amour des femmes, du bon vin, des bons mots et des choses simples de la vie.

Chabrol, qui a coécrit le film avec Odile Barski pour rendre une sorte d’hommage au comédien monstre, n’en oublie pas le côté sombre et autodestructeur de la star, à travers le personnage du frérot alcoolique, véritable pendant raté au bout du rouleau (Clovis Cornillac, très convaincant) et ne minore pas les autres personnages : Marie Bunel joue l’épouse de Depardieu avec une complicité qui crève l’écran, Vahina Giocante, la maîtresse fatale déborde d’insolence féminine, Jacques Gamblin, parfait en farfelu, campe pas moins de trois rôles... Chacun adopte merveilleusement le ton unique des œuvres du réalisateur, faisant quelques valses autour du comédien vedette pour épaissir l’irrésistible récit du commissaire Bellamy.
En forme Chabrol et Depardieu ont bien fait d’attendre aussi longtemps pour travailler ensemble. Le résultat n’a décidément rien à voir avec le Bel ami de Maupassant (le nom est en fait un clin d’œil à l’auteur que le cinéaste a récemment adapté pour le petit écran), mais mérite bien de devenir à son tour un petit classique, au moins au cinéma.


Les mauvaises fréquentations ont parfois du bon...
Par Norman06
Un Chabrol en petite forme, comme cela semble être le cas depuis quelques années. La faute en est à une intrigue bancale et banale, un ton pépère et faussement hitchcockien qui tient lieu de style, des dialogues ampoulés et verbeux et un Depardieu qui assure le minimum syndical. Le percutant auteur de la Nouvelle vague semble se mouler dans l’académisme d’un Delannoy. Où est passé le cinéaste du Boucher et de La Cérémonie ?
Par roger w
Pas grand-chose à rajouter par rapport à l’excellente critique de Frédéric Mignard qui a saisi l’essence même du nouveau Chabrol. Faussement nonchalant, ce spectacle purement jubilatoire se dote de nombreux niveaux de lecture qui en font un nouveau petit bijou du maître du suspense français. Les amateurs de polar pur et dur risquent par contre de s’ennuyer ferme.