Belle toujours

Un film chuchoté

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- Durée : 1h10mn

La magie Buñuel renaît grace à un de Oliveira retrouvé et deux comédiens d’exception. Expérience confidentielle, cérébrale et... drôle.

L’argument : Deux des personnages étranges du film de Luis Buñuel, Belle de jour, retraversent - trente-huit ans après - le mystère d’un secret que seul le personnage masculin détient et dont la révélation est essentielle au personnage féminin. Ils se croisent à nouveau. Elle essaie à tout prix de l’éviter. Mais lui insiste et tente de la convaincre de le revoir en lui promettant de révéler le secret qu’il est seul à connaître. Ils prévoient un dîner en tête à tête dans un hôtel chic. Durant tout le dîner, elle, aujourd’hui veuve, est dans l’attente qu’il dévoile ce qu’il a réellement dit à son mari alors paralysé à la suite d’une balle tirée par un de ses amants. Le climat est tendu...

Notre avis : A l’origine, Belle de jour, de Luis Buñuel constituait un pur désir de surréaliste : mettre en scène une histoire que le réalisateur détestait. En l’occurrence, Buñuel haïssait le roman homonyme de Joseph Kessel et avec Jean-Claude Carrière, il a essayé de lui conférer un relief très ambigu où les images rigides ne traduisaient pas intégralement les désirs inconscients des personnages. Des décades plus tard, le portugais Manuel de Oliveira, vaillant réalisateur quasi-centenaire, connu ici même pour ses productions copieusement fastidieuses, associe le couple d’origine pour une rencontre sinistrement romantique. Michel Piccoli reprend le personnage d’Husson, Ogier celui de Séverine-Deneuve.
Etrangement, le cinéaste échappe au pastiche référentiel et se tire plutôt bien de sa lourde gageure en proposant sur un peu plus d’une heure un instant volé, un moment surréaliste et énigmatique où deux figures renaissent de leurs cendres dans une atmosphère teintée d’humour vachard et d’absurdité mortifère. Il est aidé par deux comédiens remarquables, au bord de l’évanouissement, qui traduisent beaucoup par la simple intensité de leur jeu. Confirmation du talent indiscutable de Michel Piccoli (pas de surprise de ce côté-ci) mais surtout renaissance (et reconnaissance) d’une actrice : Bulle Ogier, icône de Barbet Schroeder aujourd’hui honteusement oubliée par le cinéma. Ne serait-ce que par son mutisme, elle illumine ce repas glaçant du dernier souffle où cynisme et culpabilité se cherchent des noises. Ici, tout est affaire de regards, de silences, de domination, mais de manière différente que chez Buñuel (on a presque l’impression de tomber sur une confrontation entre le réalisateur mexicain et Kessel). En faisant revivre le spectre d’un chef-d’œuvre aux zones d’ombre encore troublantes, de Oliveira organise un délice de cinéphile fétichiste aux atours farcesques qui, dans sa production prolifique, constitue de loin son meilleur film depuis... Depuis quand au fait ?

Romain Le Vern




Les avis des internautes

 

> Belle toujours - La critique

Par Norman06

Captivant pour qui a vu et aimé Belle de jour. Hommage d’un grand cinéaste à un maître du 7e art, c’est avant tout un film de Oliveira, qui se réapproprie le matériau de base, lui-même déjà adapté à l’époque d’un roman bourgeois de Joseph Kessel. Le face-à-face final entre Séverine (Bulle Ogier) et Husson (Michel Piccoli), est un savoureux moment de cinéma.

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