Durée : 1h48mn (et non pas 1h58mn comme indiqué sur la jaquette.)
Le destin tragique de deux homosexuels dans les camps nazis est évoqué avec justesse dans ce film étrange et bouleversant.
L’argument : A travers la dramatique histoire d’un couple d’homosexuels, l’évocation de la ségrégation et du martyre de ces derniers pendant la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci, bien souvent, préféraient se faire passer pour juifs, plutôt que porter l’infamant triangle rose réservé aux homosexuels.
Notre avis : Pièce à succès écrite par Martin Sherman, Bent a bouleversé la scène new-yorkaise à la fin des années 70, révélant au passage le talent d’un certain Richard Gere dans le rôle principal. Il aura pourtant fallu attendre de nombreuses années pour qu’un metteur en scène de cinéma se risque à adapter ce sujet difficile. Avec une enveloppe assez ridicule, le réalisateur Sean Mathias relève le défi et se sert des contraintes budgétaires pour tourner une œuvre hors norme et profondément originale. Malgré son sujet historique, Mathias s’affranchit totalement des règles usuelles et signe une œuvre particulière qui se veut intemporelle.
Les personnages sont ainsi plongés dans des décors industriels totalement dépouillés et stylisés, censés représenter le Berlin des années 30, puis le camp de concentration de Dachau. Les passionnés d’histoire chercheront en vain le réalisme dans des décors ne servant qu’à mettre en exergue l’état mental des personnages. Les premières scènes dans le cabaret sont en ce sens symptomatiques de la démarche du réalisateur : le réalisme en est totalement absent et l’auteur laisse libre cours à ses fantasmes les plus fous. Par la suite, le camp de Dachau n’est pas plus crédible, mais l’intérêt du film est ailleurs. Décrivant avec précision l’univers gay du Berlin des années 30 - véritable havre de paix pour les homosexuels - Mathias montre le changement radical d’ambiance après 1934 et l’assassinat par Hitler d’Ernst Röhm, chef des S.A. et pédéraste notoire. Dès lors, la machine dictatoriale s’abat sur les homosexuels, considérés comme des "dégénérés" et envoyés dans les camps de concentration pour y effectuer des travaux aussi harassants qu’inutiles.
Le spectateur, après vingt minutes d’un film assez hystérique, se retrouve plongé dans l’univers concentrationnaire, fait d’humiliations, de tortures physiques et morales. Le grand mérite de Bent (1997) est de décrire avec une grande justesse l’état d’esprit des prisonniers, partagés entre abattement, combativité et volonté de vivre à tout prix. Il insiste notamment sur le soutien moral que les détenus manifestaient les uns envers les autres. Ainsi, il nous bouleverse à plusieurs reprises, notamment lors de la plus originale scène d’amour de l’histoire du cinéma - nous en laissons la surprise aux spectateurs. La magnifique partition musicale de Philip Glass est également pour beaucoup dans l’efficacité redoutable de ce film qui contribue, à l’instar du documentaire Paragraphe 175 (2000), au devoir de mémoire. Les acteurs, dans des rôles très difficiles, sont tous excellents, tandis que Mick Jagger s’amuse à jouer avec son image avec beaucoup de délectation durant sa courte apparition. D’une dureté implacable, Bent est un film étrange, poétique et troublant qui ne devrait laisser personne indifférent.
Le DVD
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Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Aucun supplément disponible, mais saluons l’initiative de l’éditeur qui a le courage de sortir ce film totalement inconnu dans nos contrées puisque son passage au festival de Cannes - où il a obtenu le prix de la jeunesse - ne lui a pas permis de se frayer un chemin vers les salles obscures françaises. Raison de plus pour découvrir cette œuvre marquante en DVD.
Image & son : Sans être bouleversante, l’image est de bonne qualité, tandis que la piste sonore en version originale sous-titrée est d’une belle clarté et permet donc de savourer la splendide musique de Philip Glass.