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Beyond the black rainbow - la critique

Le trip de l’Etrange Festival

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- Durée : 1h50mn

Après une heure et demie d’une expérience visuelle et sonore hors norme, ce tout premier long d’un cinéaste à suivre se prend les pieds dans le tapis en proposant la fin la plus frustrante qui soit. Inégal.

L’argument : Au début des années 80, la tentative d’évasion désespérée d’une jeune femme séquestrée derrière une vitre dans un laboratoire expérimental, et surveillée par le mystérieux docteur Barry Nyle.

Notre avis : Fils du cinéaste d’origine grecque George Pan Cosmatos, connu pour ses quelques (mauvais) films d’action des années 80 (Le pont de Cassandra, Rambo 2 : la mission ou encore Cobra), Panos Cosmatos se détache de l’influence paternelle dès son premier essai cinématographique en tournant une œuvre inclassable, volontairement à l’opposé du cinéma commercial pratiqué par son géniteur. Film de festival par excellence, Beyond the black rainbow est une tentative plutôt enthousiasmante de créer une œuvre de science-fiction à la fois intelligente et formellement novatrice. Expérimental à bien des niveaux, ce premier long-métrage nous plonge d’emblée dans un univers aseptisé où quelques personnages énigmatiques évoluent dans des décors aux formes géométriques sans aucune fioriture. Avec son esthétique qui nous rappelle les scènes dans le vaisseau spatial de 2001, l’odyssée de l’espace ou encore le THX 1138 de George Lucas, le cinéaste nous convie à un véritable trip sonore et visuel. Effectivement, par l’absence de dialogues explicites, le réalisateur nous laisse patauger dans un monde qui ne nous est pas familier, à l’instar de la jeune fille retenue prisonnière. Par la magie d’une musique sensationnelle qui s’inscrit de plain-pied dans les délires électroniques des années 70 (on pense à Tangerine Dream, aux Goblin, notamment), mais aussi par le travail sur l’ambiance sonore (on songe cette fois-ci aux expérimentations menées par David Lynch et Alan Splet sur Eraserhead) et sur l’image, Panos Cosmatos nous plonge dans un état proche de l’hypnose (le sommeil préféreront dire ceux qui n’ont pas adhéré à l’expérience).
Grâce à une réalisation très inspirée et quelques séquences vraiment marquantes (la transformation de l’homme en un être supérieur ayant touché du doigt le divin), Beyond the black rainbow fascine totalement durant plus d’une heure et demie, ce qui représente un véritable tour de force en soi. Las ! Incapable de conclure de manière convaincante, Panos Cosmatos change son fusil d’épaule durant le dernier quart d’heure et annihile la plupart des espoirs nés jusqu’alors. Effectivement, une fois que la jeune fille parvient au dehors, le réalisateur oublie la charte esthétique qui faisait la force de son film pour glisser au tout dernier moment vers une traque banale et insipide. Deux pauvres bougres se trouvent là uniquement pour servir de victimes au tueur fou qui finit lui-même par mourir de la manière la plus stupide qui soit. Alors que de nombreuses pistes passionnantes ont été entrouvertes par le réalisateur (les geôliers sont-ils humains ? Est-ce qu’il est possible d’atteindre la plénitude ? L’être humain peut-il supporter la perfection divine ?), celui-ci referme son film de la manière la plus décevante possible et nous laisse chancelant, persuadés d’avoir assisté à la naissance d’un grand cinéaste, mais aussi floués par une première œuvre inaboutie.

Virgile Dumez


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