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Bienvenue à Gattaca - la critique

Un monde parfait

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- Durée : 1h46mn
- Titre original : Gattaca

Un thriller eugéniste de haute facture. La science-fiction dans ce qu’elle a de plus noble : l’appel à la réflexion du spectateur.

L’argument : Gattaca est un centre d’études et de recherches spatiales pour des jeunes gens au patrimoine génétique impeccable. Jerome (Jude Law), candidat idéal, voit sa vie détruite par un accident tandis que Vincent (Ethan Hawke), enfant "naturel", rêve de partir pour l’espace. Chacun des deux va permettre à l’autre d’obtenir ce qu’il souhaite en déjouant les lois de Gattaca.

Notre avis : Fin du siècle dernier. Le Néo-Zélandais Andrew Niccol a fait ses classes dans la pub télé en Grande-Bretagne. Il a trente ans et des poussières, deux (formidables) scénarios en poche qui ont conquis les producteurs. Le premier, celui du Truman show, sera confié à un autre natif des antipodes, l’Australien Peter Weir. Gattaca, finalement, Niccol parvient à le tourner lui-même. Coup d’essai, coup de maître. Grand succès public et critique. Dix ans plus tard, le film n’a pas pris une ride. Qu’est-ce qui fait sa force ? Tout, aurait-on envie de dire. Voyons dans le détail.
Il y a l’histoire, d’abord, d’une effrayante plausibilité. Si nous n’y prenons garde, si nous ne mettons pas des barrières aux manipulations génétiques, le "meilleur des mondes" que nous décrit Niccol pourrait bien être le nôtre dans un proche avenir. Monde aux couleurs glacées, des bleus, des gris, du sépia doré pour les flash-back. On reconnaît la patte d’un grand directeur photo, en l’occurence Slavomir Idziak, talentueux collaborateur de Kieslowski (Trois couleurs : bleu, La double vie de Véronique). Pour nous mettre dans l’ambiance, plutôt que le recours classique à un fourbi futurisant et robotisé, une idée ingénieuse : puiser dans le patrimoine du XXe siècle (architecture à la Bauhaus, vêtements type années 50, la voiture du héros est une DS...). Dans ces décors dépouillés, les plans se suivent, de toute beauté, des cadrages à couper le souffle, on se croirait en promenade dans les tableaux de Giorgio De Chirico.
Tout fait sens et beaucoup fait symbole : dans l’appartement de Jerome, l’escalier hélicoïdal rappelle la forme de l’ADN ; le nom de famille de Vincent est Freeman (l’homme libre), il emprunte l’identité de Morrow (demain) ; lorsqu’il souffle la fumée de sa cigarette dans un verre, pour représenter Titan où il se rendra bientôt en mission, on entend Nuages de Django Reinhardt, le guitariste auquel manquaient deux doigts, une "imperfection" que l’on ne manquera pas de rapprocher des six doigts à chaque main du pianiste de la scène du concert, etc. Mais n’y voir aucun excès de démonstration. De bout en bout, Bienvenue à Gattaca fait confiance à l’intelligence du spectateur et évite de donner la moindre leçon. Bien au contraire, il force à réfléchir sur des sujets tels que le déterminisme, la ségrégation, l’éthique, l’importance de l’inné et de l’acquis, mais jamais de manière pesante, toujours en divertissant.
Bâti comme un thriller haletant, doté d’une distribution impeccable (tous les comédiens sont formidables de justesse et de retenue), le film engendre peu à peu une intense émotion. Car de petits dérapages peuvent enrayer la froide mécanique. Ils se nomment générosité, altruisme ou amitié. Etincelle d’espoir, confiance dans les capacités humaines à éviter le pire. Mettant la force du désir au centre de son argument, Niccol délivre de bien belle manière un bien beau message.

Marianne Spozio




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