Durée : 1h27mn
Titre original : Black Caesar
Ce très gros succès de la Blaxploitation est un film de gangster efficace, doublé d’un discours social nécessaire, mais pas assez approfondi.
L’argument : Un policier ripou frappe un adolescent qui devient plus tard le roi du crime à Harlem. Il cherche alors à se venger.
Notre avis : Deuxième opus du cinéaste blanc Larry Cohen, Black Caesar (1973) cherche habilement à exploiter deux filons très lucratifs en ce début des années 70. Tout d’abord, il se place dans la mouvance de la Blaxploitation qui sévit aux States depuis 1971. Suite aux mouvements pour les droits civiques et aux nombreuses émeutes qui ont enflammé les quartiers noirs dans les années 60, certains réalisateurs de couleur dont Melvin Van Peebles ont choisi de traiter des problèmes de leur communauté au travers de métrages subversifs et revendicatifs. Pourtant, le mouvement est rapidement récupéré par les studios qui voient là un moyen de gagner de l’argent en attirant dans les salles ceux qui, d’habitude, en étaient exclus. Dès lors, on voit fleurir un nombre incalculable d’œuvres de série B exploitant des genres traditionnels et dont la seule "originalité" est d’avoir pour protagonistes des Noirs. Larry Cohen profite également du retour en force du film de gangsters avec les succès de French connection (William Friedkin, 1971) et surtout du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972).
Ainsi, selon un schéma très conventionnel, Black Caesar suit l’ascension et la chute d’un caïd de Harlem en n’omettant aucune étape indispensable au genre : trauma initial lors de l’adolescence du « héros », volonté de s’en sortir malgré un contexte social et racial défavorable, attirance pour l’argent facile, les magouilles et les femmes, puis jalousie, spirale meurtrière et folie des grandeurs. Rien de bien nouveau donc, si ce n’est un discours social assez prononcé, montrant une facette des Etats-Unis longtemps dissimulée : les Noirs sont forcément asservis et inférieurs aux Blancs, tandis que les ghettos sont filmés tels qu’ils sont, à savoir un tas de ruines où s’entasse une population noire à la pauvreté endémique. Cet aspect documentaire constitue le meilleur d’une œuvre qui offre également quelques belles fusillades bien sanglantes et une course-poursuite en plein New York assez saisissante grâce à une réalisation efficace. N’allant malheureusement pas assez loin dans sa dénonciation du racisme et n’osant jamais franchir le tabou ultime - les Noirs forniquent entre eux et seulement entre eux - ce très gros succès de la Blaxploitation est un film de genre de bonne tenue, doté d’une mise en scène carrée, d’une bonne interprétation de Fred Williamson, véritable icône du mouvement, et d’une musique enlevée de James Brown. L’ensemble manque toutefois de mordant et d’originalité, ce qui est à coup sûr le gros point faible d’un métrage en tout point prévisible. Larry Cohen signera dans la foulée une suite aux aventures de Tommy Gibbs intitulée Casse dans la ville (1973), avant de se spécialiser dans le film d’horreur avec la série du Monstre est vivant (1974).