Grand Prix de l’Etrange Festival 2011
Avec son atmosphère tendue et son histoire tragique, ce tout premier film brillant est un petit bijou à découvrir d’urgence. Pour amateurs de films noirs.
L’argument : Jacky est issu d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs du sud du Limbourg. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent... Grâce à sa collaboration avec un vétérinaire corrompu, Jacky s’est forgé une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’il est en passe de conclure un marché exclusif avec le plus puissant des trafiquants d’hormones de Flandre occidentale, un agent fédéral est assassiné. C’est le branle-bas de combat parmi les policiers. Les choses se compliquent pour Jacky et tandis que l’étau se resserre autour de lui, tout son passé, et ses lourds secrets, ressurgissent...
Notre avis : Ce premier long-métrage du jeune Michael R. Roskam s’inscrit dans une veine proche du film noir, tout en évoluant dans une atmosphère décalée qui rappelle la plupart des productions belges de ces dernières années (Eldorado entre autres). A partir d’un scénario plutôt classique entremêlant une tragédie personnelle à une sombre histoire mafieuse, le réalisateur nous plonge dans un univers plutôt inhabituel pour ce genre de film, à savoir le milieu rural. Dénonçant au passage le traitement du bétail par hormones de croissance, mais aussi tous les petits trafics auquels se livrent certains agriculteurs malhonnêtes, Bullhead va pourtant au-delà de son postulat réaliste pour proposer une vision très noire d’une humanité en pleine déliquescence.
Sans vouloir déflorer le lourd secret que porte le personnage principal, le spectateur peut constater que celui-ci ressemble de plus en plus au cours du film au bétail qu’il élève. Effectivement, lui aussi prend des hormones de croissance en se piquant régulièrement, lui aussi semble enfermé dans une cage et lui aussi se trouve pris dans une spirale qui le conduit inévitablement à l’abattoir.
N’évitant pas toujours les digressions drôlatiques inutiles (l’épisode avec les deux garagistes wallons complètement abrutis, symptomatique de l’état de déliquescence des relations entre communautés belges), Bullhead prend rapidement le spectateur à la gorge grâce à un éprouvant flashback intervenant après vingt minutes de film. Ce retour en arrière nous plonge irrémédiablement dans une véritable tragédie personnelle, tout en permettant de mieux comprendre les agissements des différents personnages.
Parfois très violent, psychologiquement éprouvant et d’une noirceur totale, ce tout premier essai témoigne d’une réelle maîtrise du récit (pourtant assez emberlificoté), ainsi que d’un réel sens de l’atmosphère. Soutenu par un casting trois étoiles emmené avec un talent fou par le très charismatique Matthias Schoenaerts (vu dans le Black book de Verhoeven), tendu comme un garrot, parfois franchement étouffant, Bullhead est une véritable découverte qui devrait faire de Michael R. Roskam un cinéaste à suivre de très près.

Coup de boule venu de Belgique, "Bullhead" est une sorte de tragédie à la James Gray sur fond de vaches et de trafic d’hormones, soutenu par une mise en scène atmosphérique remarquable et un comédien au-delà du don de soi. Le traumatisme infantile du personnage, révélé au bout d’une demi-heure, agit comme une électrochoc et fait décoller le film vers des hauteurs lyriques totalement inattendues. Malgré quelques maladresses, Roskam frappe très fort, quasiment au même niveau que de ses (...)