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Cabeza de Vaca - la critique

Tu m’as conquis, j’t’adore

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- Durée : 1h51mn

Véritable trip aux images hallucinantes, ce long-métrage mexicain méconnu est un petit bijou à placer aux côtés d’Aguirre de Werner Herzog.

L’argument : L’explorateur espagnol Cabeza de Vaca a marché pendant huit ans à travers l’Amérique jusqu’à la côte Pacifique du Mexique après avoir fait naufrage au large des côtes de la Floride en 1528. Au gré de sa quête pour assurer sa survie, il vécut avec des tribus indiennes aujourd’hui disparues, fit l’apprentissage des secrets de leur vie mystique et accomplit des guérisons miraculeuses.

Notre avis : Inspiré par l’histoire vraie du conquistador Alvar Nunez Cabeza de Vaca (1507-1559), ce long-métrage du début des années 90 n’a pas eu les honneurs d’une sortie en salle sur notre territoire et ceci malgré son excellente réputation glanée dans les festivals où il a été diffusé. Cette injustice manifeste devrait être réparée sous peu puisqu’un distributeur courageux et passionné devrait le sortir d’ici la fin 2010 ou au début 2011. Vue à l’Etrange Festival, cette rareté nous a complètement conquis par le brio de sa réalisation, la beauté de ses images et la force d’évocation de son histoire.
Il évoque ainsi la période de conquête du continent américain sans aucune idéalisation : les conquistadors sont des êtres avides de terres et d’or, tandis que les indigènes sont organisés en sociétés primitives très hiérarchisées. Ainsi, lorsque Cabeza de Vaca est mis en présence des Indiens, il est aussitôt réduit en esclavage par un sorcier qui lui apprendra finalement toutes ses connaissances en matière de guérison miraculeuse. Après avoir fait preuve d’un réalisme à toute épreuve très proche de la description des conquistadors donnée par Werner Herzog dans Aguirre ou la colère de Dieu, Echevarria fait glisser son métrage dans une folie douce aux accents mystiques. Dès lors, la présence de figures grotesques (un nain manchot) et la multiplication de scènes hallucinatoires rapproche plutôt le film du cinéma de Jodorowsky (on pense fortement à La montagne sacrée). C’est dans ses élans mystiques que Cabeza de Vaca s’élève au niveau des plus belles oeuvres poétiques de l’histoire du cinéma. Peu importe de croire ou non au pouvoir de résurrection du personnage principal puisque l’auteur nous emporte dans une spirale sensorielle qui balaie toutes les réticences.
Souvent muet, le film redonne également toute sa place à l’expression corporelle et au symbolisme des gestes (signalons au passage la superbe interprétation de Juan Diego, hallucinant de charisme). Porteur de sens et de divin, chaque mouvement s’accomplit ici tel un rituel divinatoire à la haute portée symbolique. Et le final signifiant la destruction prochaine de la civilisation indigène et son incorporation forcée au christiannisme (on se souvient alors de la fin pessimiste du Apocalypto de Mel Gibson) fait légitimement froid dans le dos. Ce trip hors norme d’une rare puissance s’impose donc naturellement comme un chef d’oeuvre du cinéma mexicain des années 90. Un très grand moment.

Virgile Dumez




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