Accueil > Les réalisateurs > R > Rose, Bernard > Candyman - la critique

Candyman - la critique

Le fiel et les abeilles

Acheter sur Priceminister

Au-delà du simple film d’horreur efficace, ce Candyman propose une réflexion pénétrante sur le racisme, les inégalités sociales et l’imaginaire collectif.

L’argument : A Chigago, deux jeunes femmes rédigent leur thèse de sociologie sur les légendes urbaines. Elles entendent parler d’un croquemitaine noir du nom de Candyman qui sévirait dans les quartiers pauvres de la ville. Dès lors, elles entreprennent d’enquêter sur cette légende qui finira par se révéler bien plus réelle que prévue.

Notre avis : Adapté d’une nouvelle du génie de la peur Clive Barker, Candyman (1992) a marqué durablement les esprits de ceux qui l’ont vu. Dès les premières images, l’ambiance pesante est mise en place et ne se relâchera pas durant toute la projection. Partant d’un postulat très réaliste, Bernard Rose impose un style proche du documentaire dans la première partie du film. Il y développe une thématique sociale particulièrement intéressante, osant pointer du doigt la misère qui ruine des quartiers entiers de Chicago. Ainsi, il plante ses caméras dans Cabrini Green, repaire de gangs hargneux et vraiment dangereux. Ce parti pris réaliste donne toute sa saveur au métrage et permet d’ancrer la peur dans un quotidien violent devenu malheureusement banal.
Au bout de quarante-cinq minutes, le cinéaste opère un changement de cap incroyable, faisant basculer tout à coup son héroïne dans un cauchemar qui la mène aux confins de la folie. Le metteur en scène use alors des grands moyens pour rendre son œuvre flamboyante : la réalisation se fait encore plus virtuose, les situations extraordinaires s’enchaînent à un rythme soutenu, l’hémoglobine coule à flot et la thématique sociale s’enrichit un peu plus. On découvre, ébahi, un conte macabre où les fantômes de l’histoire américaine sont ramenés au premier plan : le monstre noir du film n’est autre qu’une victime du racisme qui sévissait aux Etats-Unis au début du siècle dernier. On se rend compte que Bernard Rose traite ouvertement d’un problème crucial et depuis longtemps enraciné aux Etats-Unis, par le biais d’une histoire horrifique.
Mais le réalisateur, très ambitieux sur ce projet, ne se contente pas de cela et introduit en plus la notion de métafiction, c’est-à-dire que les personnages fictifs savent parfaitement qu’ils le sont. Cette dimension supplémentaire donne une profondeur réelle à ce spectacle qui tient de la cérémonie satanique ou de la messe noire. Le tout est rehaussé par la sublime musique de Philip Glass. L’utilisation d’un seul orgue, d’un synthétiseur et de chœurs donne une tonalité angélique à sa partition, parfait contrepoint aux images souvent sanglantes. Le thème principal reste un modèle du genre et fait sans doute partie des plus belles bandes originales de film d’horreur de ces quinze dernières années.
On peut admirer aussi l’implication totale des acteurs avec une Virginia Madsen à la beauté sublimée par la peur et les pleurs, tandis que Tony Todd compose une figure de croquemitaine noble et monstrueux à la fois. Un grand moment de poésie sadique.

Le DVD :

Le(s) supplément(s) à ne pas rater : Les amoureux du film pourront suivre un passionnant commentaire audio où s’expriment le metteur en scène, l’auteur de la nouvelle, les trois acteurs principaux et deux producteurs. Ils insistent tous sur le sous-texte de l’œuvre et Bernard Rose en profite pour donner sa conception du film d’horreur.
On retrouve la plupart de ces intervenants dans un making of de vingt-trois minutes qui revient sur les origines du métrage, mais aussi sur les étonnants trucages (les acteurs ont bien travaillé avec de vraies abeilles dans la bouche) et sur le succès américain qui entraîna la mise en chantier de deux suites, nettement inférieures à l’original. On termine avec un documentaire de dix minutes sur Clive Barker. Court mais passionnant. On peut aussi consulter le storyboard du film.

Image et son : La piètre qualité de l’image explique la faible note de ce DVD puisqu’un grain persistant s’invite dans les arrière-plans et durant toutes les scènes sombres. Les couleurs, plutôt ternes, ne rendent pas hommage au superbe travail du directeur de la photographie. Les trois pistes sonores (française, anglaise et polonaise) sont plutôt efficaces, sans faire d’éclat. L’édition de référence se fait donc encore attendre pour ce chef-d’œuvre du cinéma horrifique.

Virgile Dumez


Il n'y a pas encore d'avis pour ce film. Soyez le premier à proposer votre avis !

Votre avis