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Canicule - la critique

Lee Marvin chez les Ploucs

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A force d’outrances, Canicule sombre dans le grotesque et le ridicule, ce qui lui assurera les faveurs des amateurs de cinéma bis. Les autres seront assurément consternés.

L’argument : De nos jours, en France, dans la Beauce. Traqué par la police à la suite d’un hold-up sanglant, un gangster américain vient se réfugier dans une ferme occupée par une famille passablement abrutie.

Notre avis : L’outrance n’a jamais fait peur à Yves Boisset. Lorsqu’il évoquait la France poujadiste, cela donnait le portrait au vitriol d’un salopard dans Dupont Lajoie. Quand il s’en prenait aux dérives de la télé-poubelle, cela lui permettait de signer l’excellent Prix du danger. A force de dresser des portraits cinglants de ses concitoyens, le réalisateur s’est cru à l’abri du faux pas et n’a pas hésité une seconde à entrainer dans son projet de 1983 intitulé Canicule une pléiade d’artistes français (Miou-Miou, Victor Lanoux, Jean Carmet, Bernadette Lafont et j’en passe) et même une star hollywoodienne (l’improbable Lee Marvin, en roue libre). Il faut dire que l’idée de mélanger une intrigue de polar classique avec une ambiance délétère à la Massacre à la tronçonneuse devait être bien séduisante sur le papier, d’autant qu’elle émanait de Michel Audiard et de Jean Herman (Vautrin). Le résultat final n’est malheureusement pas à la hauteur et peut aisément passer pour un nanar pur jus.
A force de vouloir plonger ses personnages (tous détestables) dans la fange, le cinéaste ne signe qu’une caricaturale description du monde rural. Entre débilité chronique, consanguinité et mœurs peu catholiques, les paysans que met en scène Boisset semblent tout droit sortis d’un film d’horreur. Malheureusement, l’ambiance du long-métrage n’a rien d’angoissante puisque le dialoguiste a cru bon d’ajouter nombre de répliques humoristiques et vulgaires) qui rendent les personnages encore plus grotesques qu’ils ne le sont déjà. Certes, la volonté des auteurs était bien de se moquer de l’espèce humaine et d’en montrer les aspects les moins reluisants, mais une telle accumulation devient risible. A peine sauvé par une réalisation efficace, le film se laisse toutefois regarder tel un plaisir coupable de bisseux. Si tous les acteurs éructent et crachent leurs répliques en roulant des yeux, on retiendra tout de même la justesse de Jean Carmet, relativement sobre par rapport à ses petits camarades. Par contre, le jeune David Bennent, qui était pourtant remarquable dans Le tambour, joue un gamin insupportable avec une diction épouvantable et des mimiques impossibles.
Très violent (on y tue des enfants et on descend les gens à la chevrotine), Canicule a déçu les attentes de ses producteurs (1 million d’entrées tout de même) et a déclenché une fois de plus la fureur de la presse et de la critique. Il faut dire qu’avec son total mauvais goût (parfois assumé, mais souvent involontaire), ce long-métrage mal élevé et intrinsèquement raté n’avait rien pour satisfaire l’intelligentsia de l’époque. Pas sûr que le temps soit vraiment favorable à une œuvre qui demeure encore de nos jours bancale.

Virgile Dumez




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