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Cannibalis : au pays de l’exorcisme

Sauvage et beau !

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- Durée : 1h33mn
- Titre original : Il paese del sesso selvaggio

De bien belles images illustrent ce premier film de cannibales étonnamment sage et bêtement utopique.

L’argument : John Bradley, un journaliste-photographe en voyage dans la jungle thaïlandaise, est capturé par une tribu de cannibales sauvages. Réduit à l’état d’esclave, il subit les pires humiliations comme autant de rites de passage. Bientôt, l’amour que lui porte une jeune sauvageonne, fille du chef du clan, va lui permettre de se faire accepter de la tribu...

Notre avis : Cannibalis : au pays de l’exorcisme (1972) est considéré comme le premier film de cannibales des années 70, lançant une mode exploitée jusqu’à l’excès par Ruggero Deodato et Umberto Lenzi lui-même. Pourtant, ce premier film s’apparente bien plus à un film d’aventures traditionnel, suivant le périple d’un journaliste kidnappé par une tribu d’indigènes. Ruggero Deodato reprendra quelques années plus tard le même sujet dans son Dernier monde cannibale (1977), finalement très différent. Umberto Lenzi ne semble pas ici intéressé par des débordements gore et signe un film assez inoffensif, même s’il scandalisera tout de même les amoureux des animaux puisqu’on les sacrifie sans vergogne pour "l’amour de l’art" - et surtout afin de réaliser des séquences chocs à peu de frais.
Doté d’une splendide photographie de Riccardo Pallottini, Cannibalis est un bel objet formel qui tranche singlièrement avec ses successeurs. Ne cherchant jamais à donner un semblant de réalisme à son œuvre, Lenzi filme une tribu de sauvages très propres sur eux, ne souffrant d’aucune maladie apparente et parfaitement épilés. Si les souffrances endurées par le personnage principal sont assez corsées, le film s’égare par la suite dans une romance peu crédible avec une indigène. Poussant le bouchon très loin, le cinéaste finit par vanter les mérites de cette vie sauvage, tellement plus proche de la nature. Finalement, cette célébration d’une vie en communauté marquée par la franchise des rapports sociaux et sexuels apparaît comme une métaphore du modèle hippie, dans un premier degré confondant de bêtise. Le fan de films de cannibales retrouvera avec joie des habitués du genre dans les rôles principaux : Ivan Rassimov (Cannibal ferox (1980) d’Umberto Lenzi) et Me Me Lai (Le dernier monde cannibale (1977) de Ruggero Deodato) sont tous les deux plutôt convaincants, sans faire d’éclat. Ce premier film reste donc le plus abordable du genre pour les âmes sensibles, mais il trouve sa principale limite dans la mièvrerie de certaines scènes et dans son discours post-soixante-huitard trop naïf.

Virgile Dumez




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